Les groupes de parole d'Enfance et Familles d'Adoption
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Les groupes de parole existent depuis longtemps au sein des associations EFA car ils répondent à des besoins réels.
Elisabeth Maillet, responsable nationale de l’accompagnement des familles, nous en précise le fonctionnement et ce qu’ils peuvent apporter à ceux qui choisissent d’y participer.

Comment sont nés les groupes de parole ?

Élisabeth Maillet : Il n’est pas toujours facile – quand on est parent adoptif – de parler de ses enfants à son entourage, des inquiétudes qui se profilent à certains moments. Que l’on soit célibataire ou en couple, le regard des autres est souvent dérangeant, parfois culpabilisant, et la crainte d’être jugé risque d’enfermer les parents dans un isolement néfaste à l’équilibre familial. C’est de ce constat que sont nés les groupes de parole.


Quelles sont les personnes concernées par ce type de rencontres ?

Ces rencontres s’adressent souvent aux parents d’adolescents ou de jeunes adultes, mais certaines associations EFA organisent aussi des groupes de paroles pour des parents d’enfants plus jeunes: 6-10 ans, voire 0-5 ans. Dans tous les cas, il s’agit de permettre à chacun de poser librement ses questions, de vérifier le bien-fondé de ses interrogations, de se libérer de certains préjugés, et surtout d’être entendusans être jugé. Pour moi, il n’y avait pas une once de doute : c’était vital pour E. et cela faisait plaisir à voir, la solidarité des uns et des autres, les interventions de l’animatrice, et de sentir quelqu’un se détendre peu à peu, et même sourire… À chaque réunion, je suis émerveillée de cette chaleur et de cette écoute simple et attentive de notre groupe. (Témoignage d’une participante).


Quel est le but de ces groupes ?

Le premier mot qui me vient à l’esprit est solidarité. L’objectif de ces groupes ne saurait se confondre avec les réunions d’information autour d’un thème précis. Ici, chacun pourra parler de son histoire personnelle et être écouté par les autres, avec l’aide d’un animateur professionnel. Le groupe permet donc dans un premier temps d’éviter l’isolement, et de se déculpabiliser.

Si les premières réunions se déroulent toujours dans l’anonymat, très vite, on constate que des relations personnelles s’établissent entre les participants. Rien d’étonnant à cela, puisque le but qui les unit est de tenir leur rôle de parent, pour pouvoir aider au mieux leurs enfants.

Le groupe permet de prendre de la distance par rapport à l’événement ou la situation que l’on est en train de vivre. Les expériences rapportées par chacun offrent de nouvelles représentations du rôle parental, des "modèles" différents auxquels on n’aurait pas forcément pensé. À ce stade, le rôle de l’animateur est particulièrement important; chacun peut alors s’autoriser à créer sa propre parentalité, avec plus de souplesse et liberté.

Cette mise en commun des expériences permet également de faire émerger les points positifs de chaque histoire souvent occultés par des parents « obnubilés » par ce qui ne va pas, déçus de ce qui se révèle être différent de ce qu’ils avaient imaginé pour leur enfant (et peut-être pour eux-mêmes). Quand cette nouvelle dynamique parvient à s’installer, les parents constatent d’eux-mêmes que les tensions ont tendance à s’apaiser et que la qualité des échanges avec les enfants (et parfois au sein du couple) s’améliore.


Concrètement, comment fonctionnent-ils ?

Les participants s’engagent en début d’année à participer régulièrement aux réunions. Le calendrier des rencontres est fixé par les participants eux-mêmes, généralement une fois par trimestre, hors périodes de vacances scolaires. L’équipe responsable chargée de former les groupes (douze personnes au maximum par groupe) et de les animer insiste sur les deux critères essentiels garants du bon déroulement de ces rencontres: la confidentialité, et le respect.


Que peut-on retirer de ces groupes de parole ?

Apprendre à "maîtriser" ses craintes pour gagner en sérénité, l’important étant d’arriver à passer certains caps. La solidarité n’est donc pas le seul facteur de réussite, il faut aussi savoir compter avec le temps.


L’espoir au rendez-vous : 

À l’issue d’une série de réunions, combien de parents se sont aperçus que leur histoire n’était ni unique ni exceptionnelle, qu’ils n’étaient pas seuls à vivre des situations délicates, que leurs difficultés n’étaient pas aussi insurmontables qu’ils le pensaient… Certaines « solutions » peuvent émerger, dès lors que l’on ne reste pas seul et que l’on accepte de s’ouvrir aux autres.

Quelques années plus tard, il arrive que des parents reviennent nous parler du parcours de leur jeune devenu adulte… La découverte des groupes de parole a été fondamentale dans l’évolution de notre conception de l’adoption, et de notre relation avec notre enfant, nous a dit un participant.

Des témoignages porteurs d’espoir.

 

Propos recueillis auprès de Élisabeth Maillet

Responsable de l’accompagnement des familles

à Enfance & Familles d'Adoption

Mise à jour le Mardi, 30 Août 2016 15:06