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Les enfants venus d’Haïti: quels risques psychiques suite au séisme?
S’appuyant sur des travaux portant sur les effets des catastrophes naturelles sur les victimes, dont l’étude d’enfants pris dans le séisme d’Arménie en 1988, Aubeline Vinay, psychologue et maître de conférences en psychologie clinique et psychopathologie à l’Université de Bourgogne à Dijon, propose un aperçu des manifestations de troubles possibles chez les enfants et préconise une surveillance du comportement de l’enfant dans les semaines et années à venir.

Les catastrophes naturelles présentent un caractère particulier en ce sens qu’elles ne sont pas directement imputables à l’être humain mais aux déchaînements des forces de la nature. Mis à part un interlocuteur divin, le sujet est confronté au vide en face de lui, c’est du "pas de chance". De plus, la catastrophe touche toute la communauté qui trouve alors une cohérence dans le traumatisme, chacun y était et chacun a été touché par le même événement.

A la suite d’une catastrophe naturelle on voit un remaniement psychique important assorti du sentiment d’insécurité. Cette insécurité s’applique aux lieux qui d’ordinaire faisaient le quotidien de la personne, là où elle vivait, était bien et normalement en sécurité. C’est l’effondrement de cet espace psychique qui provoque le traumatisme. Dans le cas précis du tremblement de terre, il n’y a plus, ensuite, d’endroit où la personne peut se sentir en sécurité (Bailly, 1996).

Il arrive le plus souvent un phénomène de groupe qui consiste à trouver un responsable à la catastrophe naturelle (le gouvernement, la météo qui n’avait pas prévenu, les secouristes, les journalistes…). C. J. Frederick (1977) a évalué les troubles psychiques les plus fréquents chez l’enfant suite à une catastrophe naturelle. Il relève des troubles anxieux traduits par de l’évitement, de l’angoisse de séparation selon le vécu d’isolement pendant le séisme, les terreurs nocturnes faisant suite à l’angoisse ressentie, l’hyperanxiété, les phobies simples qui peuvent se manifester plusieurs années après, l’agoraphobie sans attaque panique et enfin au septième rang seulement le syndrome de stress post-traumatique. Notons que ce qui fait trauma chez l’adulte ne le fait pas nécessairement chez l’enfant.
Les effets psychologiques d’une catastrophe naturelle dépendent de trois facteurs principaux:
  • le niveau de développement de l’enfant au moment du traumatisme:
Le jeune enfant et les ultra-choses (Wallon, 1982): le ciel qui pleure lorsqu’il pleut, le vent qui souffle, la terre qui tremble parce qu’elle est en colère, "qui a cassé la maison de mamie Jean?". Exemple du bien et du mal: un enfant de 3-5 ans pourra estimer qu’il est plus grave de casser involontairement 15 assiettes plutôt qu’une seule mais volontairement. À partir de 5-7 ans, "faire exprès" est plus grave que l’accident. Certaines images sont traumatisantes pour les adultes: des corps en décomposition par exemple, pour un enfant, en fonction de son niveau de développement, cela peut ne pas avoir de sens. En revanche un jouet cassé et bloqué sous les gravats peut être une image traumatisante pour l’enfant.
  • la perception que l’enfant a eu des réactions de son entourage pendant la catastrophe:
Par exemple, un enfant peut être sensible à la tristesse de l’entourage. Voir pleurer ses parents est parfois plus traumatisant que l’événement lui-même. Ce qui peut induire le traumatisme chez l’enfant c’est également la solitude. Se retrouver seul, sans figure adulte rassurante est une expérience traumatisante. Certains enfants peuvent être séparés de leur milieu habituel et être perdus, dans l’errance, sans référent mais être indemnes physiquement. Ils sont alors traumatisés même s’il ne leur "manque pas de bras"… Le sentiment d’abandon chez ces enfants est bien plus traumatisant que le séisme lui-même.
  • l’exposition directe à l’événement traumatique:
Le jeune enfant est sensible également à ce qui fait mal. Une bosse, une chute, une écorchure peut être traumatisante parce qu’il a mal même si cette douleur est supportable et pas grave.

Parmi les expériences de troubles psychiques suite à un séisme, on a pu en repérer quelques uns par l’intermédiaire des centres de soins mis en place suite au tremblement de terre en Arménie en 1988. Les manifestations les plus visibles de choc chez les enfants étaient les premières semaines après le séisme. Dans les mois qui ont suivi les médecins ont essentiellement accompagné des troubles réactionnels puis dans les années suivantes, ce sont des troubles névrotiques qui ont été traités. Chez les enfants ce sont surtout des troubles psychosomatiques que l’on observe dans les deux ans qui suivent la catastrophe avec des accès de reviviscence pour tout ce qui rappelle un séisme (bruit fort, réplique, cris dans la rue…). "Par une chaîne associative sensorielle, le sujet assimile alors toute perception voisine à un séisme, sans discernement, avec une réaction de sidération traumatique, de peur, voire d’effroi" (Donabédian, 1994, 117).
 
Le phénomène ou syndrome du survivant consiste à projeter toutes sortes de peurs sur ce qui pourrait arriver si cela recommençait ("on pourrait ne pas m’entendre, je pourrais mourir de soif, de faim, on pourrait m’oublier, croire que je suis mort alors que je ne le suis pas…").

C’est surtout le comportement de l’enfant qu’il faudra surveiller dans les semaines et les années à venir, toutes les manifestations de l’inconscient: des cauchemars, des terreurs nocturnes ou diurnes, le silence, les phobies (de la foule, du bruit, des espaces clos…), l’oubli de ce qui s’est passé, qui peut alors témoigner d’un refoulement pouvant se manifester plusieurs années après.

Bibliographie:
Bailly, L. (1996). Les catastrophes et leurs conséquences psychotraumatiques chez l’enfant. Paris : ESF.
Donabédian, D. (1994). En Arménie après le séisme. Psychopathologie post-traumatique chez l’enfant. L’Information Psychiatrique, 70, 2, 116-120.
Frederick, C. J. (1977). Current thinking about crisis or psychological intervention in U.S. disasters, Mass Emergencies, 2, 43-50.

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