Avril 2005 : à propos de l’accouchement sous X

L’un des grands débats autour de l’adoption concerne l’accouchement dit sous X, c’est-à-dire le fait, en France, que des femmes puissent accoucher anonymement ou en demandant le secret de leur identité. Pour les uns, cela permet d’empêcher certaines femmes d’accoucher dans la solitude et sans accompagnement médical digne, d’abandonner leur enfant dans de mauvaises conditions pour lui, voire de commettre un infanticide. Pour les autres, cela prive à tout jamais les enfants concernés du droit à connaître leurs origines et les prive, pour la vie, de leur identité.

Jusque dans la première moitié des années 1990, les familles membres d’EFA se sont beaucoup interrogées à propos de l’accouchement sous X. Dans les années 1996-1998, des mères de l’ombre ont commencé à faire entendre leur voix, et EFA a ouvert un grand débat interne, qui a duré deux ans avec, pour point central, un congrès interne consacré à la question. A l’issue de cette concertation, lors de son assemblée générale en 1998, notre association a décidé de ne pas prendre position et de laisser la question aux protagonistes non de l’adoption, mais de ce qui la précède, l’abandon et le recueil de l’enfant.

Depuis cette date, EFA ne dit rien sur l’accouchement sous X, mais ses membres réclament la vérité pour leurs enfants, une connaissance la plus large possible de leur passé, de leur histoire, pour qu’ils puissent trouver des réponses à leurs questions. C’est la raison pour laquelle la présidente d’honneur d’EFA, Danièle Housset, siège au CNAOP (Conseil national pour l’accès aux origines personnelles), aux côtés des représentants des pupilles, des adoptés majeurs et des mères d’origine.

Car, EFA a toujours œuvré pour expliquer la nécessité de « dire l’adoption », de fonder la famille, la relation parents-enfant, sur la vérité concernant la manière dont l’enfant était entré dans la famille. Et ce à des époques où les services sociaux affirmaient encore que moins on disposait d’éléments sur le passé des enfants confiés en adoption, moins ils en sauraient et mieux ce serait.

Des progrès ont été faits. De nos jours, plus de la moitié des enfants adoptés en France auront directement accès à leur identité et leur histoire, et plus des trois quarts des jugements prononcés à l’étranger font état d’une identité complète. L’action d’EFA y a certainement contribué.