A l‘arrivée de l’enfant

L‘examen de santé à l’arrivée de l’enfant

Près de 7 000 enfants, nés à l’étranger, ont été adoptés en France ces cinq dernières années. Ils sont arrivés d’environ 70 pays différents, et de tous les continents. L’information sur l’état de santé des enfants confiés en adoption est primordiale pour que l’adoption se fasse pour ce volet aussi, de façon transparente.
Les problèmes médicaux que vont rencontrer les enfants seront bien sûr dépendants du pays d’origine, des conditions de vie avant leur adoption, mais aussi de leur âge au moment de leur arrivée.

Avant l‘arrivée de l’enfant…

Dans la mesure du possible, vous devez réunir le plus d’éléments sur l’état de santé de votre enfant avant son adoption : si la grossesse de la mère biologique a été suivie, si l’enfant est né à terme ou non, son poids de naissance, si les tests de dépistage tels hypothyroïdie et phénylcétonurie, ont été pratiqués. Mais très souvent ces renseignements ne pourront vous être fournis.

À l’arrivée, évitez au maximum une hospitalisation (sauf s’il y a un risque vital), car votre enfant pourrait le ressentir comme un nouvel abandon.

Après l’arrivée

La première consultation chez votre médecin est très importante… Un examen clinique complet sera réalisé, suivi de quelques examens complémentaires en fonction de l’âge et de l’état de santé de l’enfant.

Les mesures (taille, poids et périmètre crânien) permettront d’éliminer un retard staturo-pondéral. Ce dernier est très fréquent, dû à une malnutrition, qui peut être très sévère, engendrant parfois des troubles neurologiques irréversibles.

Souvent les états civils des enfants sont approximatifs et les doutes par rapport à l’âge réel ne sont pas rares. Il vaut mieux attendre une période de 18 à 24 mois pour faire une réévaluation de l’âge de l’enfant en s’appuyant sur une nouvelle mesure, taille, poids, un âge osseux et une enquête psychomotrice. Seul, l’âge osseux n’est pas suffisant, il peut lui aussi accuser un retard, suite à une malnutrition.
La surveillance du poids et de la taille se fera tous les deux mois, particulièrement chez les enfants qui ont souffert d’une malnutrition. Chez les petites filles arrivées entre 2 et 9 ans un contrôle régulier s’impose devant le nombre de pubertés précoces déclenchées par la réalimentation.

Un bilan simple mais indispensable

Le bilan biologique va permettre d’éliminer des maladies infectieuses et virales, une atteinte hépatique, une atteinte rénale, etc. Il comprend :

  • Une numération formule sanguine avec recherche d’une anémie et d’une anomalie de l’hémoglobine.
  • Les sérologies de l’hépatite B, A, et C, la sérologie du Sida, celle de la syphilis, du cytomégalovirus.
  • Chez les plus petits une sérologie de la toxoplasmose et de la rubéole.
  • Le dosage des transaminases hépatiques.
  • Une coproculture (analyse des selles) à la recherche de parasites.
  • Un examen des urines à la recherche d’une hématurie (présence de sang) ou d’une infection.
  • Un test tuberculinique et une radiographie pulmonaire, au vu des risques importants de tuberculose.
  • Un contrôle des vaccinations : tétanos, poliomyélite, diphtérie, coqueluche, haemophilus influenzae, rubéole, oreillons, rougeole et hépatite B. Les faire ou les compléter au besoin.

Et aussi…

Le rachitisme touche beaucoup d’enfants et plus particulièrement les enfants à peau foncée, un traitement par vitamine D est simple et efficace.

Les maladies de peau, telle que la gale, seront traitées rapidement.

Consultez à nouveau devant tout accès de fièvre, pour éliminer une crise de paludisme, par exemple.

Pour la prise de sang, vous pouvez demander à votre médecin traitant de prescrire un patch de « Emla », anesthésique local, à appliquer 1 heure avant le prélèvement.

Ces examens sont simples, mais indispensables. Essayez d’être toujours présents avec votre enfant pour le rassurer et lui expliquer les raisons de ces investigations, ou des traitements. Parlez-lui, entourez-le, votre voix, votre contact et votre odeur lui permettront de surmonter ce nouveau traumatisme.

Les consultations d’orientation et de conseil en adoption (COCA)

Les consultations d’orientation et de conseils en adoption (COCA) sont des consultations spécialisées animées la plupart du temps par des pédiatres ayant une connaissance particulière dans le domaine de l’adoption. D’une durée d’une heure à une heure et demi, elles misent sur la pluridisciplinarité pour évoquer l’ensemble des problématiques de santé de l’enfant adopté.

Véritables consultations ressources, elles ne se substituent pas au suivi par votre pédiatre ou médecin habituel vers qui elles vous renverront et pour qui elles doivent rester un partenaire comme toute consultation pédiatrique spécialisée.

Ces consultations s’adressent aux parents et futurs parents adoptifs à différentes étapes de la vie familiale :

  • Dans les semaines qui suivent l’arrivée de l’enfant (un mois environ) pour un bilan tant médical que concernant l’adaptation et la relation parent-enfant ; un protocole de suivi, un traitement, des conseils pourront vous être proposés en fonction des difficultés observées.
  • À des moments clé (orientation scolaire, adolescence) où il est parfois difficile de faire la part des choses entre ce qui est propre à l’enfant et ce qui revient à sa situation d’enfant adopté.
  • Mais aussi lors de l’attribution d’un enfant, pour décrypter le dossier médical transmis, évaluer la prise en charge qu’elle suppose et la vie quotidienne avec ce futur enfant, pour vous permettre de vous projeter dans l’accueil de cet enfant-là tout en respectant vos limites. L’objectif n’est pas de vous donner un avis, mais de vous aider à prendre la décision qui vous appartient avec le maximum d’informations claires.

Bien qu’elles soient plus souvent sollicitées dans le cadre de l’adoption internationale, ces consultations sont aussi à destination des enfants nés en France.
Un cahier des charges a été établi avec des médecins responsables de COCA en lien avec EFA, soutenu par la Société Française de Pédiatrie, validé par l’ensemble des médecins des COCA réunis en groupe de travail par l’AFA, il a été présenté aux différents ministères concernés pour servir de référence vers laquelle chacun s’engage à tendre. Il prévoit :

  • La présence d’un pédiatre dans l’équipe et la consultation en pluridisciplinarité : psychologue, pédopsychiatre, puéricultrice, etc. – tout professionnel formé aux besoins de la petite enfance et notamment à l’observation du lien parent-enfant.
  • Des consultations de longue durée et l’utilisation du plateau technique hospitalier pour les différents examens complémentaires.
  • Un retour vers le médecin traitant de l’enfant.
  • L’ouverture d’une COCA par région (deux pour les mégalopoles)

Répertoire des COCA

Ce répertoire est destiné à évoluer en fonction des informations que vous nous ferez remonter. Réalisé en collaboration avec l’AFA, il ne pourra être actualisé et complété qu’avec les éléments que nous transmettront d’une part les médecins concernés et d’autre part les parents qui y auront recours. Merci de faire remonter vos observations au secrétariat d’EFA qui transmettra secretariat.federation@adoptionefa.org

En savoir plus

Calendrier vaccinal

« Adoption à l’étranger : les risques médicaux » par Dr de MONLEON, La Revue du Praticien de mars 2000

Rubrique Santé du site du ministère des Affaires étrangères

Rubrique santé du site de l’AFA

Attendre en institution

Lorsqu’un enfant est recueilli dans un foyer ou un orphelinat, on pourrait penser qu’il est sorti d’affaires. Bien sûr, il est à l’abri de la violence, du besoin, de la maltraitance, de l’indifférence. Il aura alors la possibilité de manger à sa faim, d’être soigné, de vivre une vie correcte que d’autres lui envieront ; mais pour autant, ce « havre de paix », aussi bénéfique soit-il, comporte certains manques. Et l’enfant qui y attend une famille pour la vie va en subir les conséquences, sous forme de carences qui doivent être connues des futurs parents et des médecins traitants qui auront à l’accueillir.

Des carences affectives

Nous ne parlerons pas ici des carences affectives qui, à elles seules, pourraient faire l’objet de plusieurs articles. Elles sont évidentes et viennent, à des degrés divers, réactiver le sentiment d’abandon de ces enfants que la vie a séparés de ceux qui les ont mis au monde. Entre la famille biologique qui les a « lâchés » et la famille adoptive qui n’est pas encore arrivée, il existe un grand moment de solitude que même les meilleures équipes ne peuvent combler en totalité.

Des carences nutritionnelles

Elles sont d’abord d’ordre alimentaire. Même les meilleurs orphelinats des pays en voie de développement ont des moyens limités et si les enfants reçoivent une alimentation en quantité suffisante pour satisfaire leurs besoins caloriques et éviter, voire compenser une dénutrition, sur le plan qualitatif, l’équilibre est loin d’être optimal.

Le lait, principale source de protides, est souvent coupé d’eau pour des raisons économiques. Les laitages et le fromage ne font pas partie des habitudes alimentaires, et la viande est un luxe dont on ne peut profiter tous les jours. Pourtant les protides servent à fabriquer le muscle et cette carence va entraîner une malnutrition qui touche une grande majorité des enfants. Responsable du gros ventre, de l’aspect « bouffi » du visage qui donne une fausse bonne impression, cette malnutrition peut aussi s’accompagner de retards psychomoteurs par manque de muscles. Difficile de tenir assis, de marcher, quand les muscles ne vous soutiennent pas.

Pour compenser, les enfants reçoivent une alimentation riche en farines, sources de calories bon marché et garantissant une satiété à peu de frais. Ces farines ont le défaut de réduire l’absorption du Fer ; celui-ci, apporté essentiellement par la viande, étant déjà en quantité insuffisante, il s’en suit une anémie banale chez la plupart des enfants. Cette anémie, si elle se guérit bien avec des apports médicamenteux, rend l’enfant plus sensible aux infections. Pas facile alors d’éviter les virus et microbes ambiants.

Les lipides ou graisses, beurre, huile ou crème, ne font pas partie de l’alimentation de base et pourtant ils contiennent des constituants indispensables pour les cellules nerveuses. C’est la raison pour laquelle les grandes malnutritions peuvent laisser des séquelles neurologiques, que l’on retrouve plus tard, au niveau de l’apprentissage notamment.

Du côté des vitamines, les fruits et légumes frais et crus, sources de vitamine C, ne sont pas non plus au menu des petits orphelins. Vous imaginez éplucher 60 oranges ou 30 mangues ? Les compotes et les fruits en boîte, bien plus pratiques, sont dépourvus de vitamines. Le déficit en vitamine C rend, lui aussi, l’organisme plus sensible aux infections.

Quant à la vitamine D, nécessaire à la construction osseuse, on la trouve dans le beurre frais (ou l’huile de foie de morue chère à nos grands-parents). Le corps est cependant capable de la synthétiser au niveau de la peau sous l’effet du soleil. Or, les enfants sont rarement exposés au soleil. D’abord parce que, dans les pays chauds, il est plutôt considéré comme un ennemi, du fait des risques de déshydratation et de coup de chaleur. Ensuite, parce qu’il n’est pas simple d’aller se promener avec une vingtaine de gamins. Il faudrait des jardins dans tous les foyers, et que les enfants puissent profiter du soleil, au minimum les bras nus ! Au final, nombreux sont les enfants qui présentent des petits signes de rachitisme à leur arrivée, majorés par la poussée de croissance qu’ils font en général dans la première année qui suit leur adoption. Aussi, un régime riche en laitages (calcium et protides), complété par un apport de vitamine D est souvent de mise pour compenser ces carences.

Manque de stimulation et de limites

D’autres besoins n’auront pas été comblés pendant cette période de vie en collectivité. Pour grandir, un enfant a aussi besoin d’être guidé dans ses découvertes, d’être stimulé pour apprendre, d’être « contenu » pour sa sécurité tant physique qu’affective.

Pour progresser sur le plan psychomoteur, l’enfant, comme n’importe quel « petit », a besoin d’un « moteur »; l’instinct de survie est parfois sa première motivation, ce qui explique la capacité d’autonomie et l’absence de retard psychomoteur chez les enfants livrés à eux-mêmes. Une fois à l’abri dans une structure qui lui assure la sécurité, le gîte et le couvert, il perd ce moteur. Les plus « dominants » vont tenter de s’opposer aux autres et de s’appuyer là-dessus pour avancer ; les plus fragiles ou fatigués vont laisser tomber et « se la couler douce ». Pourquoi chercher à aller de l’avant ? Pour qui ? Sans motivation affective pour progresser, certains enfants accumulent les retards dans bien des domaines : moteur, langagier, relationnel…

Entre 18 mois et 4 ans, le jeune enfant qui découvre l’autonomie grâce à la marche part à la découverte de son environnement et fait des expériences qui lui permettront de forger sa personnalité. Il a besoin, à ce stade-là, d’un adulte pour lui poser des limites lorsqu’il se met en danger, ou simplement pour apprendre les règles de vie sociale. De plus en plus, les enfants proposés à l’adoption internationale ont passé cette période en institution. Ils n’ont donc pas été confrontés à ces limites. Les locaux dans lesquels ils vivent sont conçus pour minimiser les dangers ; pas de cuisine avec ses couteaux et ses plaques chaudes, pas de salle de bains avec des flacons colorés à vider dans la baignoire, pas de bibliothèque avec ses rangées de livres à faire tomber…

Imaginez un enfant qui n’aurait connu que la crèche, il devient vite un ouragan dans un appartement ! Quant aux règles de vie sociale, ils les ont apprises « sur le tas » : c’est celui qui crie le plus fort qui sera servi en premier, et les compagnons de chambre sont rarement des copains de jeux. À cet âge, on ne se sait pas jouer avec les autres sans l’intervention d’un adulte. Et pourtant, jouer c’est déjà apprendre, mais ce n’est pas une priorité pour le personnel surchargé, qui de surcroît, ignore parfois l’importance comme les bienfaits des activités ludiques.

Des ajustements nécessaires à l’arrivée de l’enfant

Quant aux contacts avec l’extérieur qui permettent à l’enfant de découvrir le monde, son seul univers se résume à son institution et le personnel qui va et vient. Sa vie jusqu’à son adoption est plus proche de celle des moines cloîtrés, sans tentation mais sans frustration non plus. Et ce n’est qu’avec ses futurs parents qu’il découvrira tout ce qui n’est pas « sa chambre, sa salle de jeux, sa nounou référente ».

Le monde est plein d’odeurs, de bruits, de sensations de toutes sortes, mais aussi de tentations, de dangers, de lieux et de personnes à découvrir. Tout est nouveau pour lui qui aimerait partir à la découverte, et c’est là que ses parents devront jouer les « gendarmes », à une période où ils n’aspirent qu’à le câliner et lui donner l’amour dont il est supposé avoir manqué.

Cette étape de l’accueil d’un « petit-moyen » où il faut poser des limites en même temps que créer un lien d’amour est difficile à vivre pour les parents, surtout s’ils n’y ont pas été préparés. Ils se retrouvent face à un enfant en pleine phase d’opposition (2-3 ans), qui les met parfois en situation délicate ; que ce soit lorsqu’il touche à tout ce qui passe à sa portée ou à l’occasion d’une promenade en ville, où il voudra pousser toutes les portes et entrer chez les voisins.

Cette période demandera beaucoup de souplesse et de tolérance aux parents, mais aussi à l’entourage qu’il est préférable d’informer.

En savoir plus

Accueil n° 163, Le temps de l’adoptation, Juin 2012.

Chicoine, J. F. ; Germain, P. ; Lemieux, J. : L’enfant adopté dans le monde (en 15 chapitres et demi), Montréal, Hôpital Sainte Justine, 2003.

Site de l’OMS sur l’état nutritionnel des enfants dans le monde

http://www.who.int/features/factfiles/nutrition/fr/index.html

Site de l’UNICEF sur l’état nutritionnel des enfants dans le monde

http://www.unicef.org/french/nutrition/index.html

Section rédigée par le Dr Odile Baubin, Pédiatre et vice-présidente Santé – Vie de l’enfant d’EFA

Dernière mise à jour : 26 mai 2012

Mon enfant doit être hospitalisé

Le profil des enfants adoptés à l’international s’est modifié ces dernières années et il arrive de plus en plus fréquemment qu’une hospitalisation soit nécessaire dans les semaines qui suivent leur arrivée. Quelques conseils pour vivre au mieux ces moments.

L’hospitalisation d’un enfant nouvellement arrivé : un moment délicat

Qu’elle soit prévisible et programmable, ou qu’elle s’impose compte tenu de l’état de santé de l’enfant, l’hospitalisation d’un enfant récemment arrivé dans son nouveau foyer est toujours un moment délicat où il faut composer avec deux « priorités » :

  • l’une médicale au regard de la pathologie, de son impact sur la vie quotidienne et des conséquences en cas de retard de traitement,
  • l’autre affective relative à la création du lien et à la nécessité d’une proximité physique quasi exclusive dans les premiers temps.

Si l’art d’une bonne équipe hospitalière va se mesurer à sa capacité à prendre en compte cette dimension affective, les tout nouveaux parents devront apprendre à s’imposer en tant que tels.

Préparer l’hospitalisation, avant l’arrivée de l’enfant

Lorsqu’une hospitalisation se profile dès la réception du dossier médical de l’enfant, avant même son arrivée, malgré le stress supplémentaire que cela engendre, les parents ont le temps de préparer ce moment. Il s’agit en général de malformation connue (cardiaque, fente palatine, pieds bots) dont la prise en charge a été retardée par le projet d’adoption ou parce qu’elle ne se fait pas selon le même protocole qu’en France dans le pays d’origine. Bien qu’aucune décision ne puisse être prise avant un examen clinique de l’enfant, il peut être judicieux pour les parents de prendre rendez-vous avant de partir avec le ou les spécialistes à qui ils confieront leur enfant à leur retour. Cela permet d’entamer une relation de confiance, d’évoquer le type de prise en charge qui pourra s’imposer, le calendrier prévisionnel optimal et d’en négocier les marges de manœuvre. Même si cela bouscule les habitudes et protocoles en vigueur, ces enfants ont vécu et survivent avec leur pathologie depuis longtemps (souvent depuis la naissance) et la plupart du temps, ce ne sont pas quelques jours, ou même quelques semaines de plus qui en changeront fondamentalement le pronostic. Alors qu’il y a tout à gagner à prendre un temps raisonnable.

Ainsi préparée, la première consultation avec l’enfant, dont l’objectif est de prévoir le bilan nécessaire et de préciser les traitements et interventions à programmer, permet aux parents de participer à la décision en toute confiance et d’y contribuer par leurs observations sur les besoins qu’ils ressentent pour leur enfant.

Le médecin interrogé à ce sujet sera en mesure de donner une fourchette raisonnable du délai possible, et peut laisser aux parents le soin de déterminer le moment le plus opportun pour l’hospitalisation. De plus, il peut être un interlocuteur privilégié pour obtenir quelques aménagements pendant le séjour à l’hôpital.

Pour assurer une prise en charge optimale

La plupart des services pédiatriques ont des possibilités de chambre « mère-enfant » ; elles sont parfois réservées à des pathologies plus lourdes (cancer) ou à des enfants plus petits (nourrissons allaités), mais il faut pouvoir argumenter une priorité différente pour nos enfants. Une équipe hospitalière spécialisée en pédiatrie est en capacité de comprendre que le traitement sera d’autant mieux toléré et la récupération d’autant plus rapide que l’enfant et ses parents seront bien entourés et mis en confiance. Pouvoir rester auprès de son enfant pour tous les soins, dormir dans un lit à côté de lui en lui donnant la main, aménager des espaces de rencontre avec la fratrie, sont autant de moments relationnels riches et intenses en émotion qui vont contribuer à renforcer le lien qui se crée. Bien préparés, ils seront vécus d’autant plus sereinement par tous.

Sur un plan pratique, il est possible de demander que l’enfant soit appelé par ses nouveaux nom et prénom, même s’il est encore identifié par la sécurité sociale sous un autre patronyme. De la pancarte au pied du lit à l’étiquette sur les résultats d’examens, en passant par les plateaux repas, les occasions sont multiples d’inscrire symboliquement l’enfant dans sa nouvelle famille. J’ai même vu un laboratoire qui avait pensé à éditer la carte de groupe sanguin avec le nom futur de l’enfant pour qu’elle reste valable.

Et dans l’urgence ?

Il est des situations où l’hospitalisation se décide dans l’urgence ; soit depuis le pays d’origine de l’enfant lorsque son état de santé se dégrade de façon alarmante, soit lors d’un épisode aigu à l’arrivée en France. Même si cette préparation psychologique n’a pas pu avoir lieu, il va falloir trouver le bon interlocuteur, lui faire confiance tout en s’imposant comme parent et en imposant ce qu’il sait indispensable pour son enfant en terme de présence parentale. C’est sans doute plus difficile, mais l’investissement en vaut la peine, tant il est vrai que ce positionnement de « parent » à part entière auprès de l’enfant va l’aider à surmonter cette étape et, surtout, donner toute leur place à ce ou ces parents qui ont tenu le coup.

Après avoir passé des heures dans la salle de repos à attendre la sortie du bloc opératoire, des nuits d’insomnie à guetter la fièvre ou la fin de la perfusion, bercé par le bip-bip de l’appareil de surveillance cardio-respiratoire, on réalise l’intensité du lien qui est train de se créer et on mesure mieux l’angoisse de celui qui est devenu votre enfant du jour au lendemain. Alors qu’il vient de vivre une séparation définitive d’avec son milieu habituel, le voilà plongé dans un univers pour le moins angoissant ; il va alors nouer des liens très forts avec les personnes qui auront traversé cette épreuve avec lui.

Il peut compter sur vous, il l’a testé et éprouvé dans des moments difficiles, et cela restera à jamais gravé dans sa mémoire, et dans la vôtre ! Et ces heures difficiles deviendront le ciment d’un lien encore plus fort.

Section rédigée par le Dr Odile Baubin, Pédiatre et vice-présidente Santé – Vie de l’enfant d’EFA

Dernière mise à jour : 10 juin 2012

Par qui faire suivre mon enfant

Dès l’arrivée d’un enfant au foyer, une multitude de décisions importantes s’impose aux nouveaux parents, parmi lesquelles le choix du médecin à qui l’on confiera le suivi de sa santé.
Si cette question se pose à tout parent, elle est souvent plus prégnante et plus urgente dans le cadre de l’adoption.
Les quelques jours vécus ensemble durant l’adaptation ont parfois mis en lumière des signes qui peuvent inquiéter ou s’avérer symptomatiques d’une maladie banale qui nécessite cependant d’être prise en charge. Plusieurs possibilités s’offrent aux parents, avec leurs avantages et leurs limites ; et c’est en fonction des besoins qu’ils ressentent pour leur enfant, de leur propre relation avec la santé et le monde médical, et des ressources locales que le choix se portera vers l’un ou l’autre de ces professionnels.

Les diverses possibilités

Le médecin traitant des parents : Il vous connaît, il a peut-être accompagné votre projet d’enfant, a su vous conseiller au moment de l’apparentement sans juger. Souvent choisi en fonction de sa proximité et de sa disponibilité selon vos propres besoins, votre médecin traitant pourra répondre plus rapidement à vos demandes de consultation en urgence, aux visites à domicile. Il connaît aussi votre niveau d’angoisse face à la maladie et pourra la prendre en compte dans la prise en charge de votre enfant.

Un pédiatre libéral : Spécialisé pour les enfants, le pédiatre connaît donc aussi bien le développement normal de l’enfant que ses pathologies, qu’elles soient bénignes ou plus sérieuses. Il est en même temps le « généraliste de l’enfant » et son spécialiste ; il a son réseau de correspondants médicaux et paramédicaux pour les prises en charge les plus fréquentes (kiné, orthophonie, psychomotricité, pédopsychiatrie, orthodontie) ainsi que pour les sur-spécialités pédiatriques (cardiologie, endocrinologie, orthopédie, etc.) dont vous pourriez avoir besoin un jour.

Le centre de PMI (protection maternelle et infantile) : On trouve dans les centres de protection maternelle et infantile, une équipe de professionnels très compétents dans le domaine de la petite enfance (0 à 6 ans) : médecins, puéricultrices, parfois psychologues et/ou éducatrices de jeunes enfants. Ils peuvent vous proposer des consultations médicales préventives – surveillance du développement, vaccinations, dépistage de troubles – et vous orienter vers les professionnels adéquats en cas de maladie ou de suspicion de handicap. La puéricultrice pourra vous conseiller sur l’alimentation, le sommeil, l’éveil de votre enfant. La présence du psychologue vous aidera peut-être à exprimer, le cas échéant, un mal-être ou l’apparition de certains doutes ; il sera un soutien utile en cas de « dépression post-adoption » pour une première écoute et une orientation.

Comment choisir ? Il est possible qu’aucune de ces solutions ne vous paraisse suffisante ; ne voulons-nous pas le « meilleur » pour nos enfants ? Rien ne vous empêche de conjuguer deux modalités de suivi complémentaires : PMI et généraliste, PMI et pédiatre, généraliste et pédiatre. Un bon médecin est conscient de ses limites et n’a aucune raison de prendre ombrage d’une telle organisation, pour peu qu’elle ait été clairement énoncée et que l’un ne serve pas à « contrôler » l’autre.

Et les COCA ?

Les consultations d’orientation et de conseils en adoption doivent être considérées comme des consultations spécialisées, des centres-ressources, au même titre que les services hospitaliers de sur-spécialité (cardio-pédiatrie, neuro-pédiatrie, endocrino-pédiatrie). Elles sont utiles à des moments-clés, pour faire le point sur des pathologies liées à l’adoption, ou lorsque l’histoire d’adoption (mais surtout d’abandon initial) doit être prise en compte pour avancer dans le diagnostic ou la prise en charge. Que ce soit au moment de l’arrivée, de l’entrée en collectivité, de la scolarisation, et même de l’adolescence, les COCA réalisent un bilan de la situation et font des préconisations tant aux parents qu’au médecin traitant de l’enfant, qui peut ainsi s’appuyer sur leur expertise pour poursuivre son suivi.

Dans quel délai consulter ?

Tout dépendra de l’âge de l’enfant et de votre ressenti sur son état de santé. Il est tout à fait naturel pour des parents de vouloir s’assurer que leur enfant ne souffre pas d’une pathologie qui mérite un traitement rapide, de se poser des questions sur son alimentation, son sommeil, ses réactions, de demander conseil sur les prochaines étapes médicales à ne pas rater. On peut se référer au calendrier des consultations obligatoires entre 0 et 6 ans pour avoir une idée du délai. Plus l’enfant est jeune, plus le délai sera court : pour un nourrisson, une première consultation de prise de contact peut être utile dans la semaine qui suit son arrivée (15 jours pour un plus grand). Un bilan complet sera plus pertinent après quelques semaines, les parents étant mieux en mesure d’apporter leurs observations au médecin. Parfois, il y a urgence, notamment lorsqu’on suspecte une maladie contagieuse (tuberculose, gale) car non seulement il faut soulager rapidement l’enfant, mais il vaut mieux éviter qu’il contamine les personnes qu’il va côtoyer !

Pour conclure, il n’y a pas de solution unique et recommandable pour tous. C’est à vous, parents, de faire votre choix en fonction de vos attentes et des besoins que vous identifiez chez votre enfant. Prenez de l’assurance, vous êtes les mieux placés pour savoir ce qui est bon pour lui ! Ce qui ne veut pas dire que vous ne devez pas vous entourer de conseils pour faire un choix « éclairé ». L’expérience d’autres parents peut aussi vous aider.

Le « bon » médecin pour votre enfant, c’est celui en qui vous avez pleinement confiance et avec lequel vous vous sentez suffisamment à l’aise pour poser toutes vos questions.

En savoir plus

Présentation et répertoire des COCA

 Trouvez votre centre PMI ou s’adressez-vous au Conseil général de votre département, service PMI

Section rédigée par le Dr Odile Baubin, Pédiatre et vice-présidente Santé – Vie de l’enfant d’EFA

Dernière mise à jour : 17 janvier 2013

Quelle langue maternelle pour l’enfant adopté à l’étranger ?

Quand tout va bien, l’entrée dans le langage oral d’un petit enfant est toujours passionnante à vivre et fascinante à observer.

Qu’en est-il pour les enfants adoptés à l’étranger ? Eux qui ont été bercés par une autre langue avant d’arriver chez nous et d’entendre les mots et la musique de la langue française. Ils parlaient parfois déjà cette autre langue, mais pas toujours. L’aventure particulière de l’adoption singularise et colore leur acquisition du français. Les enfants issus de l’adoption internationale rencontrent-ils des difficultés particulières dans l’acquisition de la langue française ? Sont-ils bilingues ? Doit-on entretenir leur première langue ? Le français sera-t-il une langue maternelle seconde ou une langue d’adoption ?

Langue et langage

Il convient tout d’abord de différencier langue et langage.

En effet le langage est le propre de l’homme et nous permet de communiquer en ayant recours aux systèmes de codes très élaborés que sont les langues. Le langage est un acte physiologique qui met en œuvre des processus au niveau du cerveau, des centres de l’audition, des cordes vocales et de la cavité buccale. C’est aussi un acte psychologique qui suppose l’activité de la pensée, ainsi qu’un acte individuel et social. Il fait partie de notre patrimoine génétique d’être humain et se construit grâce à l’apprentissage d’une langue, appelée langue maternelle.

A contrario, la langue n’est pas génétique. Il est d’ailleurs plus juste de parler des langues, puisqu’il en existe plusieurs milliers parlées dans le monde. Ce sont des objets culturels vivants (non parlées, les langues meurent), que l’on peut apprendre à tout âge, et plusieurs fois dans sa vie. Les langues reposent toutes sur des systèmes de signes ou codes régis par des règles (le vocabulaire, la grammaire, etc.).

Autrement dit, le langage est la faculté de communiquer, la langue est l’outil pour le faire. Le langage est inné, (si les conditions idoines pour qu’il s’exprime sont réunies), la langue s’apprend.

Donc, l’enfant adopté à l’étranger n’est pas programmé génétiquement pour parler la langue de son pays de naissance ; mais grâce à elle, il aura commencé à construire sa fonction langage (capacité de communiquer en utilisant une langue).

Une appropriation du français en fonction de l’âge

La façon dont il s’approprie ensuite le français est différente en fonction de l’âge auquel il est adopté. Le langage se construisant pour l’essentiel en 4 à 5 ans, que se passe-t-il à chaque étape ?

Avant 1 an

le bébé peut différencier les sons de toutes les langues parlées dans le monde, puisque rien ne le programme génétiquement à une langue donnée. De même il va produire des sons dans son babillage qui ne se limitent pas à ceux de sa langue maternelle. Ces deux capacités, très puissantes, vont s’appauvrir en huit à dix mois pour se centrer sur les sons de la langue maternelle, mais restent potentiellement « activables » pendant plusieurs années, grâce à la plasticité cérébrale qui ne se termine que vers l’âge de 10 ans. En même temps, le bébé qui a entendu la voix de sa mère in utero (l’audition fonctionnant dès le 4è mois de grossesse) va marquer une préférence pour la langue et la voix maternelles dès la naissance. Il est très sensible à tous les aspects que l’on appelle non verbaux (mais pas forcément non sonores), de la communication tels que les mimiques, les sourires, le ton de la voix, les gestes. Il s’appuie essentiellement sur eux pour commencer à comprendre. À partir de 8 ou 9 mois, les caractéristiques mélodiques de sa langue maternelle (intonation, rythme) vont imprégner son babillage et colorer ses premières productions de mots. Lorsque le bébé est adopté avant 1 an, il va soudain entendre des sons et une musique différents dans la langue parlée autour de lui. Très vite il va lui aussi changer la musique de son babillage et se retrouver dans les mêmes conditions d’acquisition du français qu’un enfant né en France.

Avant 3 ans

Le bébé produit ses premiers mots aux alentours d’1 an. Ils sont au départ très simplifiés et utilisent des sons que l’on appelle « universaux » car on les retrouve dans toutes les langues parlées dans le monde (les voyelles très ouvertes comme [a, è] et les consonnes [p, m, d]). Progressivement, il va affiner sa prononciation en produisant des sons plus spécifiques à sa langue maternelle. Il va aussi commencer à associer des mots, prémices de la production de phrases. Il va sans dire que le bébé peut avancer sur ce chemin de la conquête du langage, s’il a face à lui une ou des personnes qui s’émerveillent de ses progrès, qui interprètent ses babillages et ses premiers mots… et l’inscrivent ainsi comme un partenaire de communication dans un climat d’échange et de plaisir partagé. De nombreux enfants adoptés n’ont pas pu bénéficier de ces interactions privilégiées propices au développement du langage et arrivent donc avec une fonction langage encore fragile. Comme le dit J. F. Chicoine1, les enfants [qui] arrivent à 18 ou 36 mois avec une connaissance très pauvre de leur langue maternelle, [ont]) un sous-développement de la tour de contrôle de la parole et de l’audition. Ils vont cependant progresser, grâce à cette fameuse plasticité cérébrale et grâce aux interactions verbales de qualité qu’ils vont avoir dans leur nouvelle famille. Les habiletés développées dans la langue maternelle vont se reporter sur la langue française. La mémoire des sons et des mots de la langue première va progressivement s’estomper et disparaître si elle n’est pas entretenue. Le français deviendra vite la langue prédominante et exclusive.

Entre 3 et 7 ans

Si l’enfant arrive dans sa famille adoptive entre 3 et 6 ou 7 ans, normalement, il parle déjà sa langue maternelle. S’il la parle bien, sa fonction langage étant bien construite, il va faire un transfert rapide et facile dans la langue française.

S’il a un retard de langage dans sa langue maternelle, son acquisition de la langue française sera un peu plus lente, il est possible qu’il développe aussi un retard de langage en français.

Si l’enfant est adopté en fratrie, les choses se dérouleront à l’identique, avec toutefois une langue maternelle entretenue un peu plus longtemps car elle continue à être utilisée entre les frères et sœurs.

Dans tous les cas, l’enfant va oublier sa langue maternelle en six mois ou un an environ et n’aura, à terme, aucun accent en français. Il passera pour un locuteur natif.

Au-delà de 7 ou 8 ans

Chez l’enfant adopté après 7 ou 8 ans, la langue maternelle, non entretenue, va s’effacer. Cet oubli sera rapide et en apparence total. La qualité de sa langue française va dépendre étroitement des compétences langagières qu’il aura construites dans sa langue maternelle. Il pourra garder des traces d’accent et ne pas passer pour un locuteur natif, surtout s’il est adopté après 10 ou 11 ans.

Ainsi, quel que soit l’âge auquel il arrive, l’enfant adopté à l’étranger oublie sa langue maternelle en quelques mois. On peut donc parler, comme le dit Françoise Maury2, de français langue maternelle seconde.

Comment favoriser l’acquisition du français ?

Lorsque l’enfant arrive bébé, le développement de la fonction langage va se faire en français, grâce aux interactions entre le bébé et sa famille d’adoption.

Lorsque l’enfant arrive plus grand, il doit s’adapter à toute une série de changements : lieux, climat, visages, odeurs, nourriture, bruits, et bien sûr, la langue. Il a souvent eu plusieurs lieux de vie peu propices au calme et aux interactions, n’est pas habitué à dormir seul ni à être fréquemment sollicité. Il faut donc lui laisser du temps (comme on en accorde au bébé pour se mettre à parler).Il ne sert à rien de le faire répéter ce qui, d’une façon générale, est plutôt à proscrire pour aider un enfant à entrer dans le langage.

Il faut se souvenir que l’enfant très jeune est sensible à tous les aspects non verbaux décrits précédemment. L’enfant plus grand qui ne parle pas le français aussi. Donc, il ne faut pas hésiter à utiliser la mimique, les gestes, des intonations riches, variées, expressives (ce qu’on appelle le « parler nourrice »). Il faut décrire en phrases courtes et simples ce que l’enfant fait, regarde, prend, entend, convoite, exprime et lui laisser des plages de silence, pour qu’il puisse répondre. En somme, faire comme avec un très jeune enfant. On peut aussi avec profit recourir à des chansons, des comptines, des imagiers, regarder des livres et proposer des jeux, même s’ils sont destinés à des enfants plus jeunes.

En effet, d’une part, le contenu explicite lui sera plus facile d’accès, d’autre part, l’enfant passe souvent par une phase régressive dans ses jeux et son comportement. Parfois parce qu’il n’a pas eu l’occasion de passer par ces étapes de développement ou de découverte des jouets et des jeux. Souvent, parce qu’il régresse aussi sur le plan affectif pour s’autoriser à devenir le « bébé » de ses parents adoptifs. L’essentiel est que la communication passe, peu importe les voies qu’elle emprunte au début.

L’enfant adopté n’est ni bilingue, ni biglosse

Le bilinguisme est l’apprentissage simultané de deux langues, chacune ayant sa place sur le plan culturel, affectif et social. C’est la situation des couples mixtes où chacun s’adresse à l’enfant dans sa propre langue maternelle.

Le biglossisme est l’apprentissage d’une langue seconde après l’acquisition de la langue maternelle. C’est le cas des familles migrantes qui arrivent dans un nouveau pays avec leur langue maternelle. L’enfant va acquérir la langue de son pays d’accueil à l’école, tout en continuant à pratiquer sa langue première à la maison.

Le parfait bilingue a donc fait usage précocement de deux langues simultanées ou enchaînées rapidement avant l’âge de 8 ans. Mais le bilinguisme n’est pas acquis à vie. Toute langue non entretenue se détériore et s’oublie progressivement. C’est aussi le cas de la langue maternelle, qui ne résiste pas mieux qu’une autre. Cependant, elle se réapprend plus vite, car elle a laissé des traces dans le cerveau. Lors d’un congrès d’EFA 68 (Haut-Rhin) sur l’adoption, Nazir Hamad3 citait Françoise Dolto en rappelant que La langue maternelle peut avoir l’air oubliée, mais refaire surface par retour du refoulé.

Faut-il apprendre la langue maternelle de l’enfant et faut-il l’entretenir ?

Apprendre la langue maternelle de son enfant est un choix personnel que font parfois les parents, surtout lorsque l’enfant est déjà âgé de plus de 3 ou 4 ans. Selon Janice Peyré4, lorsque l’on est dans le pays d’origine avec l’enfant, cela facilite les premiers moments de communication. Ensuite l’enfant tranche et « choisit » de ne plus comprendre sa langue maternelle. Mais cet oubli n’est cependant jamais total. Cécile Delannoy5 confirme le rapide passage de la langue maternelle au français, surtout si l’enfant a pu passer ne serait-ce que trois mois en classe maternelle et s’il a moins de 6 ans. Mais quel que soit son âge d’arrivée, l’enfant oublie très vite sa langue maternelle. Pour elle, il y a là une sorte de clivage intérieur relevant de l’instinct de survie. Quant à Françoise Maury2, elle avance que l’oubli de la langue maternelle favorise l’intégration totale dans la famille adoptive et au sein de la culture française. Toujours selon l’auteur, pour la conserver, l’enfant doit l’avoir déjà bien acquise (donc avoir été adopté après 4 ou 5 ans) ; il doit avoir l’occasion de la pratiquer et désirer maintenir des liens affectifs via cette langue maternelle en ayant conscience de l’importance de la conserver. Dans tous les cas, elle déconseille de l’imposer comme langue étrangère au collège, en raison des conflits internes que peut engendrer le fait d’avoir comme langue étrangère son ex-langue maternelle. Sans empêcher bien sûr l’étude de cette langue maternelle par ceux qui le souhaitent.

1 Chicoine, J. F. ; Germain, P. ; Lemieux, J. : L’enfant adopté dans le monde (en 15 chapitres et demi), Montréal, Hôpital Sainte Justine, 2003.

2 Maury, F. : L’adoption interraciale, Paris, L’Harmattan, 1999.

3 Hamad, N. : L’enfant adoptif et ses familles, Paris, Denoël, 2001.

4 Peyré, J. : Le guide Marabout de l’adoption, Paris, Marabout, 2002.

5 Delannoy, C. : Au risque de l’adoption, une vie à découvrir ensemble, Paris, La Découverte, 2004.

6 Rondal, J. A. : Comment le langage vient aux enfants, Tournai, Labor, 1999.

Section rédigée par Catherine Courrier, Orthophoniste – Service ORL CHU NANCY – Membre de l’équipe de la consultation adoption – COCA

Dernière mise à jour : le 31 janvier 2013