Écart d’âge : la position d’Enfance et Familles d’Adoption

Âge maximal pour adopter, écart d’âge maximum entre l’enfant et le futur parent : ce n’est pas la même chose.  Un âge maximal impose un plafond au-delà duquel on ne peut prétendre adopter, quel que soit l’âge de l’enfant. Un écart d’âge maximum fixe une adéquation entre l’âge de l’enfant et celui du ou des parents.

Ces seuils limites, l’un ou l’autre, existent dans de nombreux pays d’origine de nos enfants (de la Colombie à l’Inde, en passant par la Pologne). Ils existent aussi dans de nombreux pays d’accueil : Danemark, Italie, Allemagne, etc. Cette limite existe de fait en France, puisque les Conseils de famille des Pupilles de l’Etat regardent de près l’âge des futurs parents auxquels ils confient des nourrissons.

La position d’Enfance et Familles d’Adoption a évolué au cours de la dernière décennie. Un temps, nous nous sommes opposés à l’écart d’âge, principalement au motif que cela rendait difficile l’adoption des enfants par les assistantes maternelles auxquels ils étaient confiés. Au cours des années, pourtant, divers constats sont remontés depuis le terrain :

  • Une absence de planification des placements d’enfants pensés dans l’intérêt de ces derniers : des assistantes maternelles se voient confier des enfants jeunes alors qu’elles sont près de la retraite, d’où un déplacement des enfants, néfastes pour eux, quand il ne sont pas adoptables ou, s’ils le sont, qu’ils ne sont pas adoptés par elles ;
  • Des remontées des commissions d’agrément, faisant état d’un nombre croissant de célibataires et de couples autour de la cinquantaine ou plus souhaitant adopter des enfants  » le plus jeunes possible « , d’où une préoccupation des travailleurs sociaux et des membres de commissions d’agrément ;
  • Des interrogations sur l’éthique de certaines démarches, qui ont permis à des candidats titulaires d’un agrément et âgés de la soixantaine, d’adopter, dans certains pays, des nourrissons alors qu’il leur était impossible d’adopter en France et dans la plupart des pays d’origine ; une douleur pour certains de ces enfants qui ont de ce fait connu un deuxième abandon (décès prématuré, pour l’enfant, d’un des parents, ou prise en charge par l’ASE, car les parents n’ont pas pu s’investir comme tels auprès d’eux) ;
  • Le regret que certains de ces couples, déjà parents, voire grands-parents, ne puissent être amenés, par une réflexion sur la réalité des enfants qui attendent et une valorisation des qualités parentales qu’ils possèdent, à se proposer en parents à des enfants plus grands (et pas toujours si grands que ça) qui, eux, attendent, souvent en vain, des parents ;
  • La préoccupation qui nous est exprimée lorsque nous rencontrons des représentants des pays d’origine, pour qui le but est de rechercher des parents pour leurs enfants, des parents pour la vie, qui tiennent (ils l’espèrent) la route, qui vont les faire entrer dans une famille élargie où ils auront aussi (ils l’espèrent) la chance de connaître leurs grands-parents ; des pays qui ont trop à cœur l’avenir des enfants qu’ils nous confient pour accepter d’être de simples pourvoyeurs d’enfants pour occidentaux.

Tout cela a fait, qu’au terme d’un débat très poussé engagé sur plusieurs mois au sein du conseil d’administration fédéral, Enfance et Familles d’Adoption a voté le principe d’un écart d’âge maximum de 45 ans entre l’enfant et le plus jeune des parents (père ou mère). C’est-à-dire que si vous avez 45 ans, que vous êtes célibataire, ou que vous avez un époux ou une épouse plus âgé que vous, vous pourriez en théorie adopter un nourrisson. Si vous avez 48 ans, vous pourriez adopter un enfant de trois ans, etc.

Cette prise de position a été portée à la connaissance des 92 associations départementales qui composent la fédération par les comptes-rendus des conseils d’administration, qui ont relayé les débats et les votes. De plus, la revue Accueil de février 2004 (numéro consacré à l’agrément) reprend, en page 29, ce débat sur l’écart d’âge et les raisons qui ont amené à cette décision. Cette revue est diffusée à plus de 13 000 exemplaires et auprès de toutes les familles adhérentes d’Enfance et Familles d’Adoption. Ni les associations départementales, ni les adhérents qui les composent, ne se sont apparemment émues de cette position, puisqu’elle n’a fait l’objet d’aucun débat lors des deux assemblées générales qui ont eu lieu depuis, en 2003 et 2004 (assemblées générales dont on connaît la riche vivacité et la liberté de parole).

Sur le Conseil Supérieur de l’Adoption (CSA), qui comprend une trentaine de membres, issus de trois ministères, des conseils généraux, des DDASS, des hautes sphères de la magistrature et de la médecine, comprenant également des représentants des adoptés majeurs, des organismes autorisés pour l’adoption, et des associations de familles adoptives : c’est faire trop d’honneur à la présidente d’Enfance et Familles d’Adoption et injure à toute cette assemblée, remarquable par sa qualité de dialogue et d’écoute, que de croire qu’une personne peut à elle seule imposer une ligne directrice. Une année de travail en séance plénière et en groupe de travail a permis de parvenir à un accord sur une série de propositions visant à harmoniser les procédures d’agrément, dont une, il est vrai, évoque l’instauration d’un écart d’âge de 45 ans entre l’enfant et le plus jeune des parents. Chacune de ces propositions a fait l’objet d’un débat serré et d’un vote : chacune d’entre elles a été votée à la majorité par l’ensemble du Conseil. Ce ne sont que des propositions, rien ne permet de dire à l’heure actuelle si elles déboucheront un jour sur une nouvelle réglementation.

Le bureau fédéral d’Enfance et Familles d’Adoption
21 septembre 2004