Mon enfant doit être hospitalisé

Le profil des enfants adoptés à l’international s’est modifié ces dernières années et il arrive de plus en plus fréquemment qu’une hospitalisation soit nécessaire dans les semaines qui suivent leur arrivée. Quelques conseils pour vivre au mieux ces moments.

L’hospitalisation d’un enfant nouvellement arrivé : un moment délicat

Qu’elle soit prévisible et programmable, ou qu’elle s’impose compte tenu de l’état de santé de l’enfant, l’hospitalisation d’un enfant récemment arrivé dans son nouveau foyer est toujours un moment délicat où il faut composer avec deux « priorités » :

  • l’une médicale au regard de la pathologie, de son impact sur la vie quotidienne et des conséquences en cas de retard de traitement,
  • l’autre affective relative à la création du lien et à la nécessité d’une proximité physique quasi exclusive dans les premiers temps.

Si l’art d’une bonne équipe hospitalière va se mesurer à sa capacité à prendre en compte cette dimension affective, les tout nouveaux parents devront apprendre à s’imposer en tant que tels.

Préparer l’hospitalisation, avant l’arrivée de l’enfant

Lorsqu’une hospitalisation se profile dès la réception du dossier médical de l’enfant, avant même son arrivée, malgré le stress supplémentaire que cela engendre, les parents ont le temps de préparer ce moment. Il s’agit en général de malformation connue (cardiaque, fente palatine, pieds bots) dont la prise en charge a été retardée par le projet d’adoption ou parce qu’elle ne se fait pas selon le même protocole qu’en France dans le pays d’origine. Bien qu’aucune décision ne puisse être prise avant un examen clinique de l’enfant, il peut être judicieux pour les parents de prendre rendez-vous avant de partir avec le ou les spécialistes à qui ils confieront leur enfant à leur retour. Cela permet d’entamer une relation de confiance, d’évoquer le type de prise en charge qui pourra s’imposer, le calendrier prévisionnel optimal et d’en négocier les marges de manœuvre. Même si cela bouscule les habitudes et protocoles en vigueur, ces enfants ont vécu et survivent avec leur pathologie depuis longtemps (souvent depuis la naissance) et la plupart du temps, ce ne sont pas quelques jours, ou même quelques semaines de plus qui en changeront fondamentalement le pronostic. Alors qu’il y a tout à gagner à prendre un temps raisonnable.

Ainsi préparée, la première consultation avec l’enfant, dont l’objectif est de prévoir le bilan nécessaire et de préciser les traitements et interventions à programmer, permet aux parents de participer à la décision en toute confiance et d’y contribuer par leurs observations sur les besoins qu’ils ressentent pour leur enfant.

Le médecin interrogé à ce sujet sera en mesure de donner une fourchette raisonnable du délai possible, et peut laisser aux parents le soin de déterminer le moment le plus opportun pour l’hospitalisation. De plus, il peut être un interlocuteur privilégié pour obtenir quelques aménagements pendant le séjour à l’hôpital.

Pour assurer une prise en charge optimale

La plupart des services pédiatriques ont des possibilités de chambre « mère-enfant » ; elles sont parfois réservées à des pathologies plus lourdes (cancer) ou à des enfants plus petits (nourrissons allaités), mais il faut pouvoir argumenter une priorité différente pour nos enfants. Une équipe hospitalière spécialisée en pédiatrie est en capacité de comprendre que le traitement sera d’autant mieux toléré et la récupération d’autant plus rapide que l’enfant et ses parents seront bien entourés et mis en confiance. Pouvoir rester auprès de son enfant pour tous les soins, dormir dans un lit à côté de lui en lui donnant la main, aménager des espaces de rencontre avec la fratrie, sont autant de moments relationnels riches et intenses en émotion qui vont contribuer à renforcer le lien qui se crée. Bien préparés, ils seront vécus d’autant plus sereinement par tous.

Sur un plan pratique, il est possible de demander que l’enfant soit appelé par ses nouveaux nom et prénom, même s’il est encore identifié par la sécurité sociale sous un autre patronyme. De la pancarte au pied du lit à l’étiquette sur les résultats d’examens, en passant par les plateaux repas, les occasions sont multiples d’inscrire symboliquement l’enfant dans sa nouvelle famille. J’ai même vu un laboratoire qui avait pensé à éditer la carte de groupe sanguin avec le nom futur de l’enfant pour qu’elle reste valable.

Et dans l’urgence ?

Il est des situations où l’hospitalisation se décide dans l’urgence ; soit depuis le pays d’origine de l’enfant lorsque son état de santé se dégrade de façon alarmante, soit lors d’un épisode aigu à l’arrivée en France. Même si cette préparation psychologique n’a pas pu avoir lieu, il va falloir trouver le bon interlocuteur, lui faire confiance tout en s’imposant comme parent et en imposant ce qu’il sait indispensable pour son enfant en terme de présence parentale. C’est sans doute plus difficile, mais l’investissement en vaut la peine, tant il est vrai que ce positionnement de « parent » à part entière auprès de l’enfant va l’aider à surmonter cette étape et, surtout, donner toute leur place à ce ou ces parents qui ont tenu le coup.

Après avoir passé des heures dans la salle de repos à attendre la sortie du bloc opératoire, des nuits d’insomnie à guetter la fièvre ou la fin de la perfusion, bercé par le bip-bip de l’appareil de surveillance cardio-respiratoire, on réalise l’intensité du lien qui est train de se créer et on mesure mieux l’angoisse de celui qui est devenu votre enfant du jour au lendemain. Alors qu’il vient de vivre une séparation définitive d’avec son milieu habituel, le voilà plongé dans un univers pour le moins angoissant ; il va alors nouer des liens très forts avec les personnes qui auront traversé cette épreuve avec lui.

Il peut compter sur vous, il l’a testé et éprouvé dans des moments difficiles, et cela restera à jamais gravé dans sa mémoire, et dans la vôtre ! Et ces heures difficiles deviendront le ciment d’un lien encore plus fort.