EFA prend position sur la proposition de loi visant à réformer l’adoption

(mise à jour du 27 novembre 2020)

La proposition de loi (PPL) intitulée “visant à réformer l’adoption”, déposée le 30 juin 2020 par Mme Limon et le groupe la République en marche, a été examinée par la Commission des lois le 23 novembre, et sera discutée en séance publique de l’Assemblée nationale à partir du 2 décembre, selon la procédure accélérée, avec un seul débat dans chaque chambre du Parlement.

Un groupe, composé de juristes et d’acteurs de l’adoption a analysé le texte de la PPL, relevé l’incohérence de nombreuses dispositions et rédigé un Livre blanc, auquel EFA s’est associé.

Lors de l’examen par la Commission des lois, parmi les 200 amendements déposés, certains qui ont été adoptés, vont dans le sens des propositions du Livre blanc et des auditions réalisées du 17 au 19 novembre. Cependant, le texte adopté en commission (pdf) reste insatisfaisant voire dangereux sur certains points.

EFA reste inquiet de l’esprit de cette réforme qui, au vu du caractère surprenant de certains amendements adoptés par la Commission, semble plus orientée vers les désirs des adultes que vers l’intérêt des enfants.

Les points qui constituent l’essentiel des inquiétudes d’EFA :

  1. Suppression de la faculté pour les parents d’origine, vis-à-vis desquels la filiation est établie, de consentir à l’adoption de leur enfant s’il a moins de deux ans, alors que le consentement à l’adoption est parfois le seul acte de protection que ces parents peuvent faire pour leur enfant et que sa portée a du sens pour l’adopté qui veut comprendre son histoire (art.13 alinéa 5) ;
  2. Impossibilité pour les OAA d’exercer leur activité en France et par là même, suppression de la possibilité de choix pour les parents de remettre leur enfant à un OAA plutôt qu’à l’ASE (art. 13 alinéa 4) ;
  3. Extension des possibilités de recours contre les décisions et délibérations du conseil de famille des pupilles de l’État à des personnes autres que les membres du conseil de famille et le pupille, faisant encourir le risque de procédures judiciaires longues préjudiciables aux enfants, en bloquant les décisions les concernant (art. 14 alinéas 30 et 31) ;
  4. Disparition dans la composition du conseil de famille des pupilles de l’Etat d’un membre qualifié dans le domaine juridique, au profit d’un membre qualifié par sa compétence en matière d’éthique et de lutte contre les discriminations sans que l’on sache s’il s’agit de discriminations concernant les candidats ou le pupille (art. 14 alinéas 15 et 16) ;
  5. Obligation, en cas d’adoption simple, de recueillir le consentement de l’adopté de plus de treize ans de porter ou non le nom de ses parents adoptifs, ce qui le met à une place inadaptée. Ce choix doit résulter d’un consensus entre l’enfant et les adultes détenteurs de l’autorité parentale et il ne semble pas utile de légiférer sur ce point (art. 9 alinéa 3) ;
  6. Réalisation d’un bilan médical, psychologique et social pour « les pupilles de l’État susceptibles de faire l’objet d’un projet d’adoption », formulation qui donne à penser que ce bilan n’est pas réalisé pour tout enfant alors qu’il devrait systématiquement l’être à l’admission dans le statut de pupille de l’État et réactualisé régulièrement (art 12 alinéa 6) ;
  7. Obligation de passer par un OAA ou l’AFA pour l’adoption internationale, apparue soudainement, sans étude d’impact pour les enfants nés dans des pays dans lesquels ni l’AFA, ni les OAA ne sont habilités, et sans que soient évoquées des mesures transitoires (art 11ter) ;
  8. Dispense d’agrément maintenue pour les personnes qui souhaitent adopter le pupille de l’Etat dont le service de l’ASE leur a confié la garde si les liens affectifs qui se sont noués avec lui le justifient ;
  9. Remplacement de l’agrément par une évaluation sociale et psychologique dans le cadre de l’adoption intrafamiliale d’un enfant étranger, sans précision sur le degré de parenté (art.10 alinéa 13). L’adoption intrafamiliale entre dans le champ de la Convention de la Haye de 1993 et sa commission spéciale de 2015 a rappelé la nécessité de respecter les garanties prévues dans ladite convention, en particulier de conseiller et de préparer les futurs parents adoptifs ;
  10. Imprécisions concernant l’agrément. La récriture des articles L 225-1 à 225-8 du CASF ne mentionne pas : le contenu de l’agrément, son délai de délivrance, ni la règle de caducité en cas d’arrivée par adoption d’un enfant au foyer ; et surtout, la possibilité de demander un agrément pour l’adoption simultanée de plusieurs enfants (art.10 alinéas 6, 8 et 16). Un renouvellement de l’agrément, qui n’existe pas actuellement, est apparu, sans que l’on en connaisse les conditions (art 10 alinéa 10).

Le contenu, la durée et le financement de la préparation des candidats préalablement à la demande d’agrément en vue d’adoption ne sont pas précisés (art.10 alinéa 8) ;

Enfin, deux points importants dans l’intérêt des enfants auraient mérité d’être étudiés et de figurer dans cette proposition de loi :

  • Une modification de l’article 224-8 du code de l’action sociale et des familles, qui aurait pu apporter des précisions sur les membres de la famille susceptibles d’exercer un recours contre l’arrêté d‘admission d’un enfant en qualité de pupille de l’Etat. De plus, certaines personnes ne pouvant être informées individuellement, elles ne sont tenues par aucun délai pour exercer ce recours, laissant ainsi des enfants placés en vue d’adoption et leurs familles dans l’incertitude ;
  • L’interdiction de l’adoption des enfants étrangers dont la loi interne du pays de naissance prohibe l’adoption devrait être revue car elle laisse les enfants recueillis en kafala dans une insécurité juridique tant qu’ils ne sont pas devenus français au terme de 3 ans de séjour en France.

Enfance & Familles d’Adoption regrette la précipitation avec laquelle cette proposition de loi est examinée. Cette réforme aurait mérité de faire l’objet d’une étude juridique approfondie et d’une véritable concertation avec les acteurs de l’adoption.

Enfance & Familles d’Adoption continuera à faire entendre la parole des familles adoptives, des adoptés et des candidats à l’adoption pour que les dispositions législatives prennent réellement en compte les besoins et l’intérêt supérieur des enfants privés de famille.

Télécharger le livre blanc (pdf)

Le 27 novembre 2020
Le conseil d’administration EFA

Dans la lettre du 12 octobre 2020 adressée au Ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, Enfance & Familles d’Adoption (EFA) renouvelle sa demande de publication d’un décret permettant d’adapter l’entrée à l’école et la scolarité des enfants adoptés à leurs besoins spécifiques de façon homogène dans toutes les académies.

Notre demande, maintes fois réitérée au cours des deux dernières années dans le cadre de l’abaissement à 3 ans de l’âge de l’instruction obligatoire (voir communiqué EFA du 25/11/2019), s’est heurtée à un refus du Ministre qui reconnait « la nécessité pour l’Éducation nationale de développer une approche personnalisée », dit « faire confiance aux acteurs de terrain » et souligne qu’un enfant adopté peut tout à fait suivre une instruction à domicile pour « bien préparer sa future scolarisation (pdf page 24)». Ce refus a été confirmé dans un courrier adressé à EFA le 7 Octobre 2019.

Le 2 octobre 2020, Monsieur le Président de la République a fait part de sa volonté de supprimer l’instruction à domicile sauf pour les enfants ayant des impératifs de santé.

EFA sait par expérience que l’instruction à domicile n’est pas toujours adaptée aux besoins des enfants adoptés et difficilement applicable pour des raisons de construction des relations intrafamiliales (dans le cas où le parent a le double-rôle de parent et d’enseignant) : c’est toutefois la seule solution pour les parents adoptifs en l’état actuel de la réglementation.

La suppression de l’instruction à domicile ne peut être appliquée aux enfants adoptés que si elle est accompagnée, dans le même texte, de dispositions particulières adaptées aux besoins spécifiques de ces enfants, ces dernières induisant :

  • La possibilité de reporter l’entrée à l’école de plusieurs mois lors de l’arrivée de l’enfant, quel que soit son âge, à la demande des parents, pour favoriser un temps d’intégration plus ou moins long dans sa nouvelle famille ;
  • La possibilité de déroger à l’inscription à la première classe de l’école élémentaire dès 6 ans, à la demande des parents, pour rester une année de plus en maternelle ou y faire sa première année de scolarité ;
  • La possibilité d’intégrer en cycle 2 ou en cycle 3 une classe inférieure de 1 à 2 ans à celle correspondant à l’âge d’état civil de l’enfant à la demande des parents.

Le 22 Octobre 2020
Le Conseil d’Administration d’Enfance & Familles d’Adoption

1 – https://www.adoptionefa.org/efa-repond-au-ministere-de-leducation-nationale-qui-refuse-dadapter-la-scolarite-des-enfants-adoptes/
2 –Extrait de l’intervention de Monsieur Blanquer dans le cadre de la loi pour une École de la confiance : compte-rendu analytique officiel du Sénat du 15 Mai 2019 (pdf page 24).

Après le Sri Lanka l’an dernier, c’est aujourd’hui au tour du Mali d’être au cœur de l’actualité médiatique de l’adoption. TV5 monde et différents journaux relaient depuis quelques jours la plainte pour escroquerie et abus de confiance déposée par neuf personnes adoptées dans les années 1980 contre l’organisme d’adoption qui avait accompagné leurs parents.

La découverte d’illégalités dans un dossier d’adoption est un choc, un bouleversement profond pour toute la triade adoptive : enfants, parents de naissance, parents par adoption. Pour l’adopté, il s’agit de recomposer à nouveau son histoire, de questionner son identité, de retrouver du sens. Les parents, quant à eux, vivent avec la culpabilité et la souffrance d’avoir participé malgré eux à un système frauduleux qu’ils n’imaginaient pas. Créer une famille solide suppose de pouvoir agir en confiance avec tous les intervenants du processus.

Lire la suite

Dans une société où les minorités peinent à se faire accepter, bon nombre d’adoptés et leurs familles vivent leur différence au quotidien. EFA s’est toujours élevé contre les discriminations quelles qu’elles soient, dont les enfants et leurs familles peuvent être la cible dans les débats de société qui ont émaillé notre histoire.

La mort de Georges Floyd dans des conditions dramatiques a suscité une onde de choc jusque dans nos foyers. Chaque acte raciste ou discriminant fait remonter à la surface des vécus et des ressentis puissants chez nos enfants adoptés qui ne nous ressemblent pas, ce que nous ne pouvons ignorer.

Lire la suite

Lors de l’assemblée plénière du Conseil national de la protection de l’enfance (CNPE) du 26 novembre 2019, Adrien Taquet, secrétaire d’État en charge de la mise en place de la stratégie pour la protection de l’enfance a annoncé la reconduction pour une année des mandats des membres du CNPE. Sa vice-présidente n’est pas reconduite et sa secrétaire générale n’est pas remplacée. La présidence sera désormais assurée par Monsieur Taquet en personne, alors qu’il n’a pas été en capacité de consacrer plus d’une heure à cette instance ce 26 novembre et encore moins de répondre aux nombreuses questions de l’assemblée.

Quel sera désormais le rôle du CNPE qui, malgré la loi, n’a quasiment jamais été saisi par le ministre d’une quelconque question et s’est principalement autosaisi ? De quelle indépendance le CNPE va-t-il bénéficier ? Comment va-t-il fonctionner ?

Une motion de défiance a été votée pour faire part au ministre de toutes les interrogations de l’assemblée face à ces décisions incompréhensibles et qui signent sans nul doute la fin du CNPE.

Télécharger la motion du Conseil national de la protection de l’enfance.

Le 4 décembre 2019
Le Conseil d’administration d’Enfance & Familles d’Adoption

 

 

 

 

 

Une fois encore, le ministre de l’Éducation nationale a refusé d’entendre les arguments d’Enfance & Familles d’Adoption (EFA) sur la nécessité, pour les enfants adoptés, d’introduire une certaine flexibilité dans l’application de l’abaissement de l’âge d’instruction obligatoire à 3 ans et vient de rejeter la demande de publication d’un décret pour adapter l’obligation scolaire des enfants adoptés.

Lire la suite

 

EFA prend position

Le rapport sur l’adoption présenté par Mesdames Monique Limon, députée, et Corinne Imbert, sénatrice (pdf), a été remis au Premier ministre et au secrétaire d’État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé chargé de la protection de l’enfance. Certaines préconisations figurent également dans la « stratégie de prévention et de protection de l’enfance » présentée par Monsieur Taquet le 14 octobre.

Certaines mesures rejoignent les propositions d’Enfance & Familles d’Adoption : préparation des candidats à l’adoption, accompagnement des familles, renforcement de la formation des professionnels, généralisation du « bilan d’adoptabilité » pour tous les enfants pupilles de l’Etat, accompagnement de tous les adoptés qui sont dans une démarche de recherche des origines….

Cependant nous avons également des points importants de désaccords.

Lire la suite

 

Le projet de loi pour une école de la confiance est débattu en séance publique depuis ce lundi 11 février 2019 devant l’Assemblée Nationale.

Enfance & Familles d’Adoption (EFA) déplore que sa demande, maintes fois réitérée durant ces neuf derniers mois, d’introduire de la flexibilité dans l’application, pour les enfants adoptés, de la mesure d’abaissement de l’âge d’instruction obligatoire à 3 ans soit restée sans réponse.

Lire la suite

Nouveau projet de fusion AFA/GIPED, quand l’histoire se répète,

Dans le cadre de la proposition de loi concernant l’interdiction des violences éducatives ordinaires (N° 1414), le gouvernement a déposé le 27 novembre un amendement  (N° 37) afin d’être autorisé à prendre, par ordonnance, les dispositions permettant la fusion de l’Agence française de l’adoption (AFA) et du groupement d’intérêt public « Enfance en danger » (GIPED).

Ce projet, déjà porté par le précédent gouvernement, avait été abandonné, en octobre 2016, face à la mobilisation des associations de parents adoptifs et faute d’avoir trouvé le vecteur législatif nécessaire. La mobilisation contre cette fusion était liée à l’absence totale de prise en considération des accréditations de l’Agence dans les pays d’origine, rendues immédiatement caduques en cas de disparition du GIP AFA. Avec, pour conséquence, l’arrêt brutal, dans un certain nombre de pays, de toutes les procédures d’adoption en cours et ce, quel que soit leur avancement.

Lire la suite

Le 16 avril, à la veille de son discours au Parlement européen, 51 associations – dont Enfance & Familles d’Adoption – ont sollicité le soutien du président de la République, Emmanuel Macron, à la directive européenne sur l’équilibre vie professionnel, vie privée des parents et des aidants. Cette directive comprend notamment des dispositions concernant le congé de paternité et le congé parent.

Lire la suite