C’est avec un grand étonnement que nous avons appris que le centre de vaccinations internationales d’Air France organisait deux journées de consultation adoption les 25 et 26 mars par le docteur Jean-François Chicoine avec la collaboration des médecins répondants français du centre, chaque consultation d’une heure revenant à 330€.

Serions-nous un pays en voie de développement en matière de santé de l’adoption, perçu comme tellement démuni, pour que nos cousins canadiens envisagent ce qui ressemble à une « mission humanitaire » – à des tarifs qui n’ont rien d’humanitaire ?

Que justifie cette initiative du centre de vaccinations d’Air France, qui semblerait vouloir développer une activité adoption, alors que les médecins qui y interviennent ne se sont jamais rapprochés ni des médecins des consultations d’orientation et de conseil en adoption (COCA), ou des centres médico-psychologiques (CMP) spécialisés, ni d’Enfance & Familles d’Adoption, ni, à notre connaissance, d’autres associations d’adoptants ou d’adoptés ?

Depuis plus de 20 ans pour la plus ancienne, des consultations spécialisées (COCA) accompagnent les familles avant, pendant et après l’adoption. A cela se rajoutent des consultations spécifiques de certains CMP comme celui du Figuier ou l’Arbre vert à Paris, voire des consultations privées.

Pour une somme modique, entre 20 et 30 € selon l’âge de l’enfant (tarif d’une consultation spécialisée pédiatrique secteur 1 conventionné), prise en charge au titre de l’assurance maladie, ces structures proposent des consultations pluridisciplinaires (pédiatre, pédopsychiatre ou psychologue, voire orthophoniste ou puéricultrice) adossées à des services hospitaliers pédiatriques qui offrent tout le plateau technique nécessaire pour les examens complémentaires. En outre, elles s’appuient sur un réseau partenarial de personnes ressources ayant acquis des compétences dans le domaine de l’adoption (y compris EFA pour l’accompagnement qu’elle apporte) vers lesquelles les familles peuvent être orientées en fonction des besoins identifiés.

Ces consultations n’ont pas vocation à se substituer aux médecins de famille ou aux pédiatres qui suivent les enfants, mais à intervenir en complémentarité, tant pour la famille que pour son médecin, qui peut au besoin consulter ses confrères de la COCA qui a reçu l’enfant et ses parents. Ce fut le cas pendant toute la période qui a suivi le séisme en Haïti et l’arrivée des enfants où les COCA se sont mobilisées pour répondre aux besoins des familles inquiètes et désorientées – période où le milieu de l’adoption a certainement été confronté à ce qui pourrait s’assimiler à une période d’urgence humanitaire.

Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la compétence internationalement reconnue et le rôle de précurseur comme pédiatre de l’adoption du docteur Chicoine, mais de s’interroger sur la pertinence de cette initiative.

S’il existe en France une vingtaine de consultations adoption qui répondent aux mêmes critères que ceux mis en avant pour valider cette annonce, elles sont à ce jour encore mal réparties sur le territoire français, même si Paris et sa proche banlieue ne sont pas les territoires les plus mal pourvus.

Elles se battent depuis de nombreuses années, aux côtés d’associations comme Enfance & Familles d’Adoption (EFA), pour tenter d’obtenir une reconnaissance officielle par les autorités sanitaires françaises et un financement dédié (modique) qui leur permettrait d’asseoir leur pérennité, d’améliorer leurs conditions d’exercice et d’offrir une capacité d’accueil mieux adaptée aux besoins des familles.

Face aux tergiversations politiques, malgré l’élaboration d’un cahier des charges porté par la Société française de pédiatrie et EFA, les COCA ne survivent que par le bon vouloir des uns et des autres. Certaines se voient dans l’obligation de limiter le public qu’elles reçoivent selon des critères variables d’une COCA à une autre : âge des enfants, nombre d’années écoulées depuis l’arrivée en France, carte de compétence géographique de l’hôpital dont elles dépendent. L’efficacité des réponses apportées aux familles souffre aussi de l’insuffisance, et de la mauvaise répartition territoriale, des réseaux de professionnels formés aux spécificités de l’adoption adoptive, d’où le grand désarroi de nombreuses familles.

Dans ce contexte, la possibilité d’obtenir une consultation avec le docteur Chicoine représente pour certaines familles l’espoir d’obtenir enfin un diagnostic pour leur enfant.

Cependant, de nombreuses questions demeurent. Comment seront réalisés les bilans et examens complémentaires le plus souvent nécessaires à l’arrivée de l’enfant ? Qui en assurera la lecture, l’analyse et le suivi immédiat ? Qui assurera les différents rendez-vous nécessaires pour pouvoir poser un diagnostic pour un enfant qui se trouve déjà dans sa famille depuis de nombreuses années, en tenant compte de tous les paramètres (médicaux, familiaux, scolaires, sociétaux) ? Vers quels professionnels compétents seront ensuite orientés les enfants et leur famille ? Les médecins français du centre n’ont pas, à notre connaissance, de compétence particulière dans l’adoption et, quand bien même disposeraient-ils d’une liste de partenaires, couvre-t-elle l’ensemble de la France ?

L’absence de volonté politique de donner une reconnaissance légale aux COCA, de développer les consultations dans les CMP, de donner aux professionnels spécialisés et compétents de notre pays les moyens de répondre aux besoins des familles, de créer des structures d’accueil pour tous les enfants présentant des troubles importants, ouvre la voie à des consultations comme celles proposées par le centre de vaccinations internationales d’Air France et dont le coût constituerait le critère d’accès. Nous ne pouvons que le déplorer, comme nous déplorons l’inertie sur le dossier des COCA, dont les familles sont, une fois encore, les premières victimes.

Enfance & Familles d’Adoption, 12 mars 2013