Alors que les parlementaires français examinent un texte intitulé « Immigration, intégration et nationalité », Enfance & Familles d’Adoption s’interroge sur une banalisation de propos qui tendent à créer des clivages au sein de la société française. Après « l’identité nationale », présentée comme menacée par l’immigration et par des pratiques culturelles que certains voudraient lui associer, voilà que l’on cherche à diviser les citoyens de ce pays entre ceux qui seraient « d’ici » et ceux qui seraient d’origine étrangère, ces derniers étant, par glissement, a priori suspects.

La France, terre d’asile et pays des droits de l’Homme, ne reconnaîtrait-elle plus les siens, craindrait-elle désormais la diversité qui a nourri et enrichi sa société et sa culture au fil des siècles ?

Récemment, sur un marché alsacien, des personnes arboraient des tee-shirts avec la mention « Pour une Alsace blanche ». Les actes racistes se sont multipliés en 2010, notamment dans cette région, et le maire de Strasbourg dénonce ceux qui cherchent à nous diviser, à semer le doute par rapport à ce qui constitue le socle républicain de notre vivre ensemble. Récemment encore, un employeur exigeait d’un stagiaire qu’il remplace son prénom de « consonance étrangère » par un prénom de « consonance française » pour ne pas heurter la clientèle. Un jeune homme, né à l’étranger et adopté, s’est entendu demander de « prouver que ses papiers n’[étaient] pas des faux » quand il a voulu renouveler sa carte d’identité. Ce ne sont là que quelques illustrations de la xénophobie ambiante ressentie et exprimée dans notre pays.

Nombre d’enfants, dans nos familles constituées ou agrandies par adoption, sont « colorés » et typés. Ils viennent de tous les pays, y compris de France, car à l’image de notre société diverse et métissée : ouverte. Nos enfants veulent « être comme tout le monde ». Pourtant, tout jeunes dans les cours de récréation, puis adolescents ou adultes, ils font régulièrement l’objet de remarques humiliantes ou agressives, de suspicions ou de contrôles intempestifs de papiers : ainsi l’un d’eux s’est récemment entendu dire qu’il « parlait bien le français pour un Noir ».

EFA ne veut pas d’une France qui se percevrait comme divisée entre « vrais » Français et « les autres ». Les familles d’EFA défendent le droit de tous les enfants – adoptés ou non – et celui des adultes qu’ils deviendront, à ne pas être perçus comme des Français de seconde zone, parce qu’ils seraient issus de parents nés hors des frontières de l’hexagone, dans les DOM-TOM ou dans des pays étrangers. Qu’il soit né français ou qu’il le soit devenu, qu’il soit né sous un chêne ou un baobab, tout enfant a le droit de grandir en France sans être sans cesse renvoyé à des origines réelles ou fictives perçues comme dévalorisantes ou suspectes. Il a le droit d’être fier de son histoire, et la société dans laquelle il grandit doit se réjouir de tant de diversité, d’ouverture, de richesses humaines et culturelles collectives et individuelles.