Dans une société où les minorités peinent à se faire accepter, bon nombre d’adoptés et leurs familles vivent leur différence au quotidien. EFA s’est toujours élevé contre les discriminations quelles qu’elles soient, dont les enfants et leurs familles peuvent être la cible dans les débats de société qui ont émaillé notre histoire.

La mort de Georges Floyd dans des conditions dramatiques a suscité une onde de choc jusque dans nos foyers. Chaque acte raciste ou discriminant fait remonter à la surface des vécus et des ressentis puissants chez nos enfants adoptés qui ne nous ressemblent pas, ce que nous ne pouvons ignorer.

Dans l’entretien qui sera publié dans le numéro d’Accueil de juin 2020 (à paraître prochainement), Néhémie Lemal, réalisatrice d’un court-métrage qui part de son expérience et d’une sorte de déni installé dans sa propre famille, dit ceci : « Quand je filmais ce documentaire, j’avais l’impression que tout le monde avait arrêté de se battre contre le racisme, alors oui, ça m’a plongée dans une profonde solitude. (…) Même si j’ai grandi et ai été élevée en ne voyant pas les couleurs, je serai toujours cette fille NOIRE, avec des clichés qui me suivront malgré tout dès que je sors de mon cercle familial. C’est ça ma véritable solitude. »

Le regard sociétal rappelle toujours aux personnes et aux enfants adoptés leurs origines, leur statut, questionne leur place, leur appartenance et leur identité. Le racisme et la discrimination peuvent avoir des conséquences dramatiques. Ils sont aussi le plus souvent insidieux, réguliers et banalisés, atteignant l’estime de soi. Le sentiment de rejet peut aussi se transformer en colère, en violence ou en repli sur soi.

Il y a une sorte de silence, de déni bien installé qui isole les personnes directement attaquées, en ne reconnaissant pas ce qu’elles subissent très régulièrement. Coco Gauff (jeune tenniswoman américaine), s’appuyant sur une citation de Martin Luther King, a rejoint les propos de Néhémie Lemal : « Le silence des bonnes personnes est pire que la brutalité des mauvaises ». Cela rejoint également un constat de l’étude « Discriminations et micro-agressions vécues par des adolescents adoptés à l’international et leurs familles adoptives » : « À certains égards, les adolescents se sentent encore plus « attaqués » lorsque des adultes sont à l’origine de ces micro-agressions ou ne réagissent pas lorsque celles-ci sont observées. « Très peu d’adultes savent comment gérer ces situations : Cela rend encore plus difficiles ces moqueries lorsque les adultes ne font rien ; cela ajoute au sentiment que tu es plus faible et que tu n’es pas à ta place. » ».

Parents par adoption, soyons attentifs : le silence ou l’absence de réaction peuvent être ressentis comme une acceptation. Aujourd’hui, la parole se libère et des personnes adoptées témoignent ouvertement.

 

Pour en parler en famille ou entre parents, voici quelques ressources utiles :

« On ne peut plus rien dire » court-métrage (19 minutes) de Néhémie Lemal sur YouTube.
– Témoignages dont celui d’un jeune homme adopté (« Pour moi, être adopté transracial, c’est avant tout vivre le racisme d’une manière très particulière ») sur un tout nouveau blog (Être adopté).
– Témoignage « Adoption : mon frère est noir, et alors ? » (La Zep, 15 avril 2020).
– Interview d’Amadine Gay « Pourquoi il est urgent de préparer les enfants adoptés au racisme » (Les Inrockuptibles, 20 novembre 2019) et vidéo (3’27) sur YouTube

 

Revues Accueil

– « Adoption et discrimination » (1998).
« L’adoption visible » n° 158 (mars 2011).
« Vivre sous le regard social » n° 191 (juin 2019).
– Janice Peyré et Françoise Toletti, « Les micro-agressions : ces petites phrases qui font (du) mal », Accueil n° 180, p. 49-51
– Laurie Miller, « Discriminations et micro-agressions vécues par des adolescents adoptés à l’international et leurs familles adoptives », Accueil n° 191, juin 2019, p. 34-37
– Catherine Vallée, « Regard social et appartenance », Accueil n° 174, mars 2015, p. 31-34

 

Pour les enfants :

Les affiches de Élise Gravel sur la diversité, la discrimination, la différence et celle-ci sur le racisme expliqué aux enfants
– Emma Strack, Discrimination : inventaire pour ne plus se taire, La Martinière, 2018 (à propos de toutes les formes de discrimination)
– ouvrages qui traitent aussi l’adoption : Sophie Noël, Les pointes noires à l’opéra, Magnard, 2018 (à partir de 9 ans) ; Laurence Deydier, Zibilla, L’Apprimerie, 2020 (pour les 4-5 ans) ; Sébastien Joanniez, Noir grand, ed. du Rouergue, 2012 (à partir de 9 ans)
– plus largement sur la question du racisme, vous trouverez une sélection d’ouvrages jeunesse sur le site de Ricochet