Adoptions au Sri Lanka

Selon les sources, entre 1983 et 1993, 11 000 à 14 000 enfants du Sri Lanka ont été adoptés dans le cadre de l’adoption internationale dont environ 1 500 en France.

Vers 1985, un réseau de trafic d’enfants a été démantelé au Sri Lanka. Les adoptions se sont alors interrompues en 1988 puis ont repris.

Un documentaire néerlandais produit par Zembla (octobre 2017) dénonce ces trafics.

Dans ce documentaire, le ministre de la santé Sri Lankais, Rajitha Senaratne, reconnaît l’existence de « fermes à bébés » dans les années 1980. Des milliers d’enfants pourraient être concernés : enfants enlevés dans des maternités et placés dans les « fermes à bébés » avant d’être adoptés, d’autres enfants nés dans des « fermes à bébés », certains « conçus » pour l’adoption (viols). Des femmes étaient payées pour se faire passer pour les mères (au moment de la remise des enfants). Comme souvent dans les situations d’adoption illégale, ce sont les actes avant l’apparentement qui étaient falsifiés : faux actes de naissance, fausses identités des enfants et des parents de naissance, faux consentements. Les adoptions avaient donc toute l’apparence de la légalité et semblaient conformes à la législation Sri Lankaise en vigueur à cette époque.

En septembre 2018, un nouveau documentaire, « Les bébés volés du Sri Lanka, un scandale suisse », a été diffusé par la télévision suisse. 

Une équipe de journalistes français a enquêté et tourne actuellement sur place un reportage sur ce trafic pour l’émission Envoyé spécial qui sera diffusé au printemps. Des adoptés et des familles biologiques ont été interviewés. Nous espérons que le reportage donnera aussi la parole aux familles adoptives.

Des adoptés de tous les pays se sont organisés pour connaître la vérité sur leur histoire. Des adoptants les ont rejoints. Un article a été publié il y a quelques semaines dans un journal Sri Lankais afin d’informer les mères de naissance qui recherchent leur enfant. 

Toutes les adoptions d’enfants au Sri Lanka n’ont pas fait l’objet de pratiques illégales, mais on ne peut en nier l’existence. Aujourd’hui, l’adoption internationale obéit à des règles beaucoup plus strictes que dans les années 1980, règles qui doivent permettre de garantir la légalité et la transparence de toutes les procédures.

La possibilité, pour les adoptés, de se confronter à des origines autres que celles que l’on connaissait jusque-là, peut faire effraction dans leur vie et dans celle de leur famille. Cela peut être totalement bouleversant et engendrer colère et désarroi.

Si les premières victimes de ces pratiques illicites sont les adoptés et leurs familles biologiques, les adoptants qui ont, dans leur immense majorité, participé malgré eux à ce processus alors que leurs intentions étaient honnêtes, sont également des victimes.

Le Conseil d’administration d’EFA
Le 1er mars 2019

 

Nous sommes les parents d’une fille de 34 ans que nous avons adoptée au Sri Lanka en janvier 1985.

Lorsqu’en octobre dernier (2018), notre fille nous a dit qu’elle désirait retrouver ses origines, nous avons commencé les recherches dans le pays par l’intermédiaire d’un ami Sri Lankais, résidant sur place, et avons immédiatement découvert le trafic qui avait eu lieu pendant les années 1980 au Sri Lanka. Nous avons pu vérifier que ce trafic était avéré puisque des journalistes hollandais et suisses avaient déjà enquêté en 2017 et en 2018.

Nous avons été totalement anéantis par cette découverte car, lorsque nous avons adopté notre fille, nous avions scrupuleusement suivi toutes les règles fixées aussi bien par l’État français que par l’État Sri Lankais et nous étions assurés par tous que notre démarche était honnête et légale. Nous avons cru à cette légalité pendant trente-quatre ans. Avec clarté et sans détours, nous avons informé notre fille de la situation que nous avions découverte.

C’est donc dans une grande colère et avec le souci de comprendre par qui (et de quelle manière) nous avions été trompés que nous sommes partis au Sri Lanka avec notre fille.

Sur place, nous avons réussi à rencontrer les derniers protagonistes vivants et, parfois, à avoir quelques explications. Nous avons rendu une visite à l’une des responsables de ce réseau, personne avec laquelle nous avions réalisé l’adoption de notre fille en 1985. Mais elle nie tout en bloc et n’est pas disposée à nous aider à retrouver les traces des familles biologiques. Nous avons compris que tout avait été parfaitement ficelé et mis au point pour que nous ne nous doutions de rien.

Après un mois passé sur place et avec l’aide de nos contacts amis, nous sommes parvenus à retrouver la mère biologique de notre enfant car son faux acte de naissance comportait toutefois quelques éléments véridiques.

Nous voulons, par ce témoignage, affirmer que nous n’avons jamais soupçonné que ces adoptions étaient menées par un réseau de trafiquants et que tous les parents que nous avons pu rencontrer sur place, ou aider par la suite, n’ont jamais été complices de quoique ce soit.

Nous n’étions tous animés que par le désir d’agir dans la légalité et l’honnêteté, or aujourd’hui nous nous retrouvons victimes des agissements de trafiquants.

Il nous paraît très important que la vérité soit dite à la fois par les médias français, par notre État et nos institutions, et par nous-mêmes, parents, qui sommes sans nul doute les plus à même de dire à nos enfants que, dans le plus fort de cette tourmente, nous sommes auprès d’eux et les aimons.

Verdun-sur-Garonne, le 15 mars 2019
Véronique Moyen et Jean-Noël Piaser


Adoptés et familles adoptives peuvent avoir besoin d’être accompagnés, soutenus, informés.



Pour de l’accompagnement et du soutien, vous pouvez vous adresser à EFA.

En complément de l’accompagnement de proximité apporté par les associations départementales EFA, la fédération EFA met à disposition des personnes concernées :

La Voix des adoptés https://lavoixdesadoptes.com/contacts/
La fiche pour l’adoption au Sri-Lanka sur le site de la Mission de l’adoption internationale.