WINTERSON Jeanette, Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? L’Olivier, 2012 (existe en poche)

Romancière britannique, figure du mouvement féministe, Jeanette Winterson revisite son histoire personnelle. Une histoire qui s’articule d’abord autour de celle qu’elle nomme Mrs Winterson, sa mère adoptive, une dépressive truculente, enlisée dans sa religiosité et passablement illuminée. Jeanette est une résiliente qui va s’accrocher à la littérature comme à une bouée de sauvetage, lisant tous les livres de la bibliothèque publique de A à Z, et s’étonnant déjà que les femmes y tiennent si peu de place. Malgré l’adversité, elle trace son chemin, réussit sa vie avec le sentiment de se construire toute seule. En 2007, à la suite d’une rupture amoureuse, l’enfant perdue, furieuse, irascible qui vivait seule au fond d’elle-même, prend le dessus, puis elle s’effondre. Soutenue par ses amis, elle entreprend des recherches pour retrouver sa mère de naissance. L’adoption commence dans la solitude – vous êtes laissé à vous-même. Le bébé sait qu’il a été abandonné – j’en suis persuadée. De là, le voyage de retour ne devrait pas être effectué seul. Elle cesse de vouloir se comporter en « wonder woman ». Et bien lui en prend, car, si la loi a changé au Royaume-Uni en autorisant désormais les personnes nées sous X à demander leur certificat de naissance original, la procédure reste lourde, bureaucratique et teintée d’absurde… Un récit tendre, ironique, brillant, truffé d’humour, dénué de toute sentimentalité et qui parle si bien de la blessure de l’abandon, de la difficulté d’aimer quand on est marqué au fer rouge par la perte et des sentiments ambivalents qui submergent les êtres lors de retrouvailles. À ne pas manquer !

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XINRAN, Messages de mères inconnues, Philippe Picquier, 2011 (existe en poche)

Dans les années 90, Xinran journaliste et romancière chinoise animait une émission de radio au cours de laquelle elle a reçu de nombreuses confessions, des lettres de femmes qui s’étaient séparées de leur fille. Par touches successives, les histoires tracent le portrait d’un pays où naître fille est une véritable malédiction. L’auteur dit avoir écrit ces récits, pétris de douleur et de sentiment d’impuissance, à l’intention des petites filles chinoises adoptées à l’international, pour leur rappeler qu’elles ont été aimées et jamais oubliées. S’il apporte un éclairage utile et poignant sur les conditions de l’abandon en Chine, ce livre peut néanmoins être d’une grande violence pour les enfants qui ont été un jour abandonnés. Il peut les aider à resituer ce qui leur est arrivé dans leur contexte, mais suppose d’être capable, en termes d’âge et de maturité, de prendre en compte et accepter la souffrance inconsolée des mères.

https://www.amazon.fr/Messages-m%C3%A8res-inconnues-Xinran/dp/2809702276

PISIER Évelyne, Une question d’âge, Stock, 2005 ou Le livre de Poche

 » L’enquête commence. Une assistante sociale s’invite à notre domicile. Ses propos nous atteignent durement : »Nos services vous avaient certainement mis en garde, il y a quinze ans ! Vous n’avez rien voulu entendre, n’est-ce pas ? Toujours la même histoire. Et les gens continuent de vouloir adopter. Mes derniers clients, je devrais vous les envoyer en stage. Votre échec les ferait peut-être réfléchir ! » J’ironise. L’intérêt des futurs parents la préoccupe à ce point ? Passerait-il avant celui de l’enfant ? Elle ne m’épargne pas. Après ce que nous avons fait de toi, quel est-il, l’intérêt de notre enfant ? Je réplique vaillamment. Rien ne prouve que tu irais mieux si tu n’avais pas été adoptée. L’assistante me le concède. Mais peut-être si tu avais été adoptée par de meilleurs parents, n’est-ce pas ?  » Les livres racontent souvent une adoption qui se passe bien. Ici, c’est le contraire. Parce qu’il est écrit sans complaisance ni fioritures, ce roman surprend par sa force et son incorrection, et surtout par les vérités qu’il révèle. Tout ce qui n’est pas bon à dire, tout ce qui est tu dans la plupart des cas s’exprime dans Une question d’âge, avec humour aussi, et un aplomb teinté d’une tendresse infinie.

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OATES Joyce Carol, Mudwoman, Philippe Rey, 2013

Abandonnée par sa mère démente au milieu du marais de la Black Snake River, miraculeusement sauvée, l’enfant a été adoptée par un couple de Quakers bienveillants. Ils lui ont transmis de solides valeurs, l’amour des livres et la mémoire pesante d’une sœur aînée, disparue prématurément, dont elle porte désormais le prénom. Elle est devenue M.R. Neukirchen, brillante universitaire, première présidente d’une université américaine de renom. Sauvée de l’ignominie, de la boue ? Dans son for intérieur, elle est restée Mudgirl, l’enfant de la boue. Que faire d’ailleurs de toutes ces identités superposées, de cette vie morcelée ? Il serait tellement précieux de n’être qu’une seule personne. Alors qu’elle peine aujourd’hui à habiter sa propre vie, fantasmé, envahissant, menaçant, son passé prend le dessus, elle s’effondre. Mudwoman, telle une statue d’argile, sent sa façade se craqueler, se fissurer, jusqu’à la folie. La grande romancière américaine nous livre, ici, le portrait complexe d’une femme marquée à jamais par l’abandon initial.

https://www.babelio.com/livres/Oates-Mudwoman/522283

LAURRENT Éric, Berceau, Minuit, 2014

C’est à Rabat qu’Éric Laurrent nous emmène, pour nous faire découvrir l’orphelinat où le bébé qui lui a été confié en Kafala est retenu par le gouvernement marocain. Et tandis qu’avec sa femme, il attend – pas moins de dix-huit mois – le bon vouloir des autorités pour pouvoir rentrer en France, l’auteur, qui n’avait aucun penchant pour la paternité, ni pour les bébés, découvrira que l’on peut s’attacher à un enfant et se sentir père.

https://www.cultura.com/berceau-9782707328090.html

LADJALI Cécile, Shâb ou la nuit, Actes Sud, 2013

Alors qu’elle méprisait l’autofiction la considérant comme des textes complaisants sans profondeur, Cécile Ladjali s’est laissé dicter l’écriture de Shâb comme un commandement et on l’en remercie. À travers des pages émouvantes, elle revient sur ses années d’enfance, petite fille puis jeune fille trop brune qui peine à trouver sa place, et rend hommage à ses parents adoptifs, trop tôt disparus : son père, déchiré par sa propre histoire, muré dans son silence et sa violence, sa mère, la belle Jeannine, discrète et adorée. Adoptée bébé, Cécile a été sevrée de mots pour comprendre son histoire, son abandon. Alors, très vite, elle découvre la lecture et l’écriture : « j’ai compris très tôt que pour ne pas me laisser envahir par le silence, il fallait aller à la recherche des mots. Parler le plus possible. Écrire aussi. » Elle deviendra donc enseignante en littérature et écrivain. Alors qu’elle est déjà mère d’un petit garçon, envahie par la souffrance, anorexique pour ne plus être « un sac à merde », elle finit par rencontrer sa mère biologique. Retrouvailles douloureuses où les mots se font durs, mais qui lui permettent d’aller de l’avant, de mettre au monde un nouvel enfant et de se mettre au monde par et avec les mots.

https://www.amazon.fr/Sh%C3%A2b-ou-nuit-C%C3%A9cile-Ladjali/dp/2330017855

Hélène Delhamende, La maison de l’autre côté du lac, Edilivre, 2017

Le nouveau roman de l’auteur belge que l’on connaissait pour son récit autobiographique Ma mère quand ça l’arrange. Un adolescent, ou plutôt un pré-adulte, s’ennuie depuis trop longtemps dans un orphelinat où tous les jours se ressemblent. Il rêve d’ailleurs et d’une vie où il se sentirait exister vraiment. Il rêve surtout d’une mère, de celle qui s’est absentée dans son enfance et qu’il espère toujours retrouver, ou d’une autre qui pourrait combler ce vide et ce manque d’amour maternel, ou d’amour tout court. Cet ailleurs se trouve à portée de vue, dans une maison, juste sur l’autre rive du lac. Toute une aventure débute là, dans cette maison qui offre à cet orphelin des parenthèses de vie merveilleuses et des rencontres inimaginables dans sa vie ordinaire ; une aventure ou plutôt une quête vers la prise en main de son destin. Ce roman, écrit à la première personne, d’une écriture très féminine (malgré le personnage masculin), surprend le lecteur en le promenant, par un récit entre réalité et imaginaire, souvenirs et fantasmes, voire fiction dans la fiction.

https://www.amazon.fr/Maison-lautre-c%C3%B4t%C3%A9-lac/dp/2414103906

 

Xavier de Moulins, Les hautes lumières, JC Lattès, 2017

Histoire de maternité et histoire d’amour, histoires qui se croisent, histoire de choix. Nina n’arrive pas à devenir mère, le diagnostic est sans appel : Vous ne serez jamais mère. Son mari Tahar la soutient, la porte dans l’espoir et le désespoir. C’est une kafala familiale qui leur permettra d’être parents mais l’administration française leur refuse le visa pour l’enfant. Commence alors une quête afin de trouver une solution pour faire sortir l’enfant du Maroc. Tandis que Nina se débat au Maroc, Tahar rencontre Françoise, une photographe qui va lui proposer son aide mais dont il va également tomber amoureux.

On est happé par la belle écriture sans fioriture de l’auteur (phrases courtes, percutantes, chapitres très courts) qui interroge la puissance destructrice de nos désirs, l’ambivalence des êtres et les caprices du destin. Xavier de Moulins se glisse avec réalisme dans la peau de cette femme, qui se perd dans son désir d’enfant et se noie dans le bonheur d’être enfin mère, et dans celle de cet homme discret et timide. h

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VIRET Andrès, Abandopté ! Ou le récit d’une vie magnifique

Le roman autobiographique d’Andrès Viret nous emmène tout au long de ses 33 années d’existence et raconte avec précision les différentes étapes de sa vie. Né en Colombie, il a été adopté par une famille suisse alors qu’il avait 4 ans. Son enfance magnifique dans sa nouvelle famille est contée avec beaucoup d’humour et de reconnaissance. Narrant les étapes les plus difficiles, il a littéralement posé son cœur sur une feuille blanche ; rares sont les témoignages qui vont aussi loin dans les détails de l’obscurité mais avec toujours la volonté de penser que la lumière n’est jamais très loin. Ce livre témoigne d’un immense bonheur, d’un amour sans limite pour sa famille et tente humblement de changer une image de l’adoption parfois mal connue du grand public.

https://www.amazon.fr/Abandopt%C3%A9-r%C3%A9cit-dune-vie-magnifique-ebook/dp/B004SP2BPA

 

Mère de deux garçons adoptés « grands », en fratrie, au Brésil, Gaëlle Drevet nous fait partager le cheminement de son couple et de sa famille, les turbulences des premières années et la construction au fil du temps d’une « famille à quatre ». Six années d’espoir, de larmes, de cris mais aussi de rires et de tendresse.

Premier ouvrage de la toute nouvelle collection « Témoignage » d’Enfance & Familles d’Adoption, On regardait s’approcher les nuages apporte de nombreuses pistes de réflexion aux postulants qui se tournent vers l’adoption d’enfants grands, en fratrie. Il sera tout aussi utile aux professionnels qui accompagnent les familles adoptives.

Un livre fort, d’une lucidité et d’une franchise peu communes, sur les différentes étapes du parcours de l’auteur : du choix de devenir parent par adoption jusqu’à la rencontre des enfants, puis le long chemin de l’adaptation et de l’attachement mutuel, enfin la remarquable évolution des enfants et de toute la famille.

https://www.babelio.com/livres/Drevet-On-regardait-sapprocher-les-nuages/748990