La véritable éthique de l’adoption n’est pas idéologique : elle est centrée sur les besoins de l’enfant.

 

EFA, l’UNAF et la FNADEPAPE ayant exprimé des avis concordants, ont souhaité co-signer une tribune afin de dénoncer les propos choquants et les préconisations inadaptées exprimés dans le rapport sur l’adoption remis les deux parlementaires, Mesdames Limon et Imbert,  le 14 octobre à Monsieur Adrien Taquet.

De son coté, le CNPE saisi sur le sujet par Adrien Taquet a rendu un avis centré sur les besoins de l’enfant.

 

Tribune.

Marie Andrée Blanc, Présidente de l’UNAF, Nathalie Parent, Présidente d’Enfance & Familles d’Adoption, Jean Marie Muller, Président de la Fédération Nationale des ADEPAPE. Cette tribune s’inquiète du rapport de la mission parlementaire du 10 octobre, sur l’adoption qui s’éloignerait des besoins réels de l’enfant.

 

L’adoption, un univers encore mal connu.

L’écart entre le nombre de candidats à l’adoption et le nombre d’adoptions s’aggrave avec la diminution drastique des adoptions internationales, alors que les adoptions d’enfants pupilles de l’État sont à peu près stables. Ces conditions contribuent à attirer le regard de la société sur un univers qui reste mal connu. Dans ce contexte, il faut saluer la sortie l’an dernier du film « Pupille », réalisé par Jeanne Herry. Remarquablement documenté, il a rendu accessible au grand public la réalité de l’adoption, en particulier celle d’un enfant pupille né sous le secret. Sans préjugés, il montre comment fonctionne l’apparentement où intervient le service adoption de l’Aide sociale à l’enfance à la demande du conseil de famille. À la demande du secrétaire d’État, Adrien Taquet, le Conseil national de la protection de l’enfance vient de rendre un avis sur l’amélioration de la préparation et de l’accompagnement des candidats à l’adoption, et sur une clarification des principes et des critères qui doivent guider les décisions des conseils de famille des pupilles de l’État dans le processus d’apparentement d’un enfant pupille de l’État avec des candidats à l’adoption.

Nos associations saluent la qualité des propositions avancées, de manière neutre, réaliste et dans le strict intérêt des enfants. Le regard porté sur les conseils de famille, sur leur fonctionnement et sur les pratiques d’apparentement témoigne d’une profonde compréhension de l’éthique même de l’adoption.

 

Vers quelle éthique de l’adoption ?

Il s’inscrit en décalage avec le rapport de la mission parlementaire sur l’adoption remis le 10 octobre, qui a soulevé, à juste titre, l’indignation des membres des conseils de famille, à cause des propos infondés tenus à leur encontre. Non, la composition et le fonctionnement des conseils de famille des pupilles de l’État ne sont en rien « opaques ». Les conseils de famille sont composés d’hommes et de femmes nommés par le préfet, qui, quels que soient leurs statuts et leurs sensibilités, assurent l’avenir des enfants pupilles de l’État, en commun avec le Préfet, représentant de l’Etat dans le département et tuteur de ces enfants. Le tuteur et le conseil de famille exercent les responsabilités liées à l’autorité parentale. À ce titre, ces personnes vont élaborer un projet de vie pour l’enfant pupille de l’État en prenant en compte ses besoins, son individualité et ses attentes. Si un projet d’adoption est possible pour cet enfant, c’est le conseil de famille qui fera le choix du ou des parent qui lui paraissent le plus approprié pour lui.

 

Adoption : le fonctionnement des conseils de famille remis en cause.

Le rapport met plus particulièrement en cause les représentants des Unions départementales des associations familiales, lorsqu’ils sont adhérents à des associations pointées comme pouvant être « d’obédience religieuse », parce que le nom de leur association d’origine contient pour exemple les termes « catholique » ou « protestant ». Ce raccourci est particulièrement inquiétant dans un pays comme le nôtre, où nombreuses sont les organisations, notamment caritatives ou professionnelles, qui ont des références similaires. Il est inadmissible de mettre ainsi en cause l’éthique et la neutralité de ces représentants, notamment ceux siégeant dans les conseils de famille où la diversité et la pluralité des points de vue sont réelles. Par ailleurs, ce rapport propose de faire de l’adoption simple le principe général et de l’adoption plénière l’exception, considérant que l’adoption simple, si elle était mieux connue et si son recours était facilité, pourrait avantageusement profiter à certains enfants placés. Alors que l’ambition des auteurs du rapport est de promouvoir une adoption éthique prenant en compte les besoins de l’enfant, quel sens aurait le recours systématique à l’adoption simple, en maintenant, par exemple, le lien de filiation avec une famille qui serait absente, maltraitante ou toxique ? En quoi cela répondrait-il aux besoins réels de l’enfant ? L’adoption plénière a été créée en 1966 pour donner à l’enfant adopté les mêmes droits qu’à l’enfant « biologique » chaque fois que cela était dans son intérêt. Elle n’efface en rien son histoire mais permet aux enfants d’accéder à une place pleine et entière dans leur nouvelle famille, avec des garanties que n’offre pas l’adoption simple. C’est uniquement à partir des besoins de l’enfant déterminés par un « bilan de projet de vie », de son histoire particulière que la forme de l’adoption doit être déterminée et non en privilégiant systématiquement une des formes d’adoption.

 

Une association alerte sur les enfants en attente d’adoption.

La réflexion sur un sujet aussi sensible que l’adoption mérite mieux que des jugements de valeurs expéditifs sur les candidats à l’adoption, les familles adoptives, les adoptés et les conseils de famille. En cela, nous nous réjouissons de la qualité et du sérieux du travail produit par le Conseil national de la protection de l’enfance, afin de véritablement tenir compte des besoins des enfants et des attentes des familles.

L’adoption, un univers encore mal connu (La Croix, le 11 décembre 2019)