Archive d’étiquettes pour : Accueil n°199

Depuis le « Maman, est-ce que j’étais dans ton ventre ? » en passant par un « Papa, pourquoi est-ce que tu n’es pas noir comme moi ? », le sempiternel « Maman, à l’école on m’a dit que tu n’étais pas ma vraie mère, c’est vrai ? » jusqu’à un plus lointain « Est-ce que je pourrai retrouver mes parents de naissance ? », la vie des enfants adoptés – et de leurs parents – est jalonnée de questions. En écho à une question essentielle : « Pourquoi ai-je été abandonné ? », prélude à bien d’autres interrogations. Ces questions qui peuvent poindre à des moments où les parents s’y attendent le moins, et qui peuvent les désarçonner. Comment y répondre ? Il arrive que ce soit l’absence de questions qui pose question car on peut se sentir désemparé face à un enfant qui ne demande rien.

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La revue Accueil

 

Kim Thúy, em, Liana Levi, 2021

Une suite de portraits saisissants du Vietnam, depuis l’époque de la colonisation française jusqu’à la fin de la guerre américaine, avec ses atrocités, mais aussi ses élans de solidarité. Par touches successives, on découvre des enfants nés de relations entre des soldats américains et des femmes vietnamiennes. Le plus souvent se sont des orphelins, des bébés, abandonnés dans les rues de Saigon dans des boîtes en carton ; d’autres, plus grands, tentent de survivre en chapardant pour se nourrir. Lors du baby lift à destination des États-Unis où des familles adoptantes les attendent, certains d’entre eux explosent en vol.

Les Vietnamiens les plus « chanceux » sont évacués pendant l’opération Frequent wind dans une atmosphère de fin du monde. Une fois arrivés, ils se lancent dans l’industrie du vernis à ongles, ouvrent des salons de manucure où, à force de travail, ils feront fortune. Ils ont laissé derrière eux des forêts dévastées par les herbicides et les dioxines, des rizières asséchées, des enfants aux innombrables malformations congénitales. Pourtant, deux des personnages devenus adultes se retrouvent, leur histoire d’amour donne son sens au livre et à sa couverture : une boîte en carton d’où s’échappent des fils. Bouleversant.

https://www.lianalevi.fr/catalogue/em/

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Jean Baptiste Andréa, Des diables et des saints, L’iconoclaste, 2021

Joseph, un homme d’âge mur, joue du piano – uniquement du Beethoven – sur les pianos publics que l’on trouve parfois dans les gares et les aéroports. Son talent lui vaut l’admiration des voyageurs mélomanes mais Joseph n’attend pas la reconnaissance, il attend quelqu’un. Il a 16 ans lorsque ses parents et sa sœur meurent dans un accident d’avion, et il est placé dans un pensionnat religieux des Pyrénées : Les Confins. Les journées de maltraitance s’écoulent sous l’œil de l’abbé Sénac, un homme sadique et un peu pervers, censé veiller sur eux. Jusqu’au jour où Joseph rencontre Rose, une jeune fille à qui il doit apprendre à jouer du piano… Avec ses copains orphelins, ils échafaudent d’autres vies que la leur, chacun se met à rêver de jours meilleurs et d’une évasion qui les libèrera de cet orphelinat. On découvre alors la capacité des enfants à s’enfuir de leur quotidien grâce à leur imagination. C’est le côté positif de ce roman, qui parvient à nous faire sourire et même à nous faire rire et, surtout, qui change le regard habituellement porté sur les enfants malmenés par la vie. Ce roman sur la musique est aussi une belle histoire d’amitié et une histoire d’amour.

https://editions-iconoclaste.fr/livres/des-diables-et-des-saints/

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W. Bertile, P. Ève, G. Gauvin et P. Vitale, Les enfants de la Creuse, Le Cavalier Bleu, 2021

Après la publication en 2018 d’un rapport très documenté sur la transplantation de mineurs de l’île de La Réunion en métropole (disponible sur Internet), un ouvrage, plus accessible, rédigé par les mêmes auteurs, revient sur quelques « idées reçues » à propos de cette dramatique affaire. Entre 1963 et 1984, la Ddass de La Réunion a envoyé 2 015 mineurs vers 83 départements métropolitains (pas uniquement vers la Creuse). Le livre apporte un éclairage réaliste et dépassionné sur des faits très complexes, tantôt incompris, tantôt déformés et souvent jugés à la lumière des critères du xxie siècle. Sans jamais chercher à justifier cette politique de migration d’enfants, mais en la replaçant dans le contexte de l’époque, l’ouvrage revient sur quelques points sujets à controverse. Le rappel de la politique de migration initiée avec la création du Bumidom et le glissement qui s’est opéré à l’égard des enfants permettent de nuancer et de contrebalancer les termes « d’esclavage » ou de « déportation », dont la presse s’est souvent fait l’écho. Toutefois, « expliquer n’est pas excuser » rappellent inlassablement les auteurs qui pointent les graves dysfonctionnements de l’Ase et leurs conséquences dramatiques sur les enfants transplantés. Ce qu’une médécin de l’Ase décrit en 1973 comme une « utopie dangereuse ».

http://www.lecavalierbleu.com/livre/enfants-de-creuse/

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Lucy Maud Montgomery, Anne de Green Gables, Monsieur Toussaint Louverture, 2020

Marilla Cuthbert et son frère Matthew vivent sur l’Île-du-Prince-Édouard (Canada). Pour soulager Matthew des travaux de la ferme, ils demandent à accueillir un orphelin. Mais c’est une fillette de 10 ans qui arrive à Green Gables ! Une enfant à l’imagination débordante, prompte à s’émerveiller de tout ce qui l’entoure, amoureuse de la nature. Marilla, d’un tempérament austère et d’une rigueur toute protestante, a bien du mal à comprendre et à accepter les fantaisies d’Anne. Mais grâce à Matthew, plus sensible à l’exubérance de cette petite fille pleine d’idéal et de poésie, Anne a droit à une « période d’essai » à Green Gables. Tout en bousculant la monotonie de leur vie quotidienne, elle parvient à s’intégrer chez les Cuthbert, et au fil du temps un amour sincère unit les trois personnages, amour qui se concrétisera par une adoption. Publié en 1908, on ne s’étonnera pas des accents un peu surannés de ce beau roman, qui nous livre une analyse très fine des caractères et des sentiments des protagonistes. On découvre également le sort peu enviable réservé aux orphelins de cette époque et le regard très péjoratif que la société porte sur eux. Une série télévisée a été adaptée, visible sur Netflix.

https://monsieurtoussaintlouverture.com/produit/anne-de-green-gables/

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Sophie Dussaussois et Candela Ferrandez (ill.), L’adoption, Milan, coll. Mes p’tits pourquoi, 2021

Pas d’histoire dans ce livre joliment illustré (plastifié pour pouvoir être lu souvent), mais une série de situations qui suscitent généralement des questions de la part des enfants. En croisant une maman enceinte, on parlera à Paul, adopté au Vietnam, des parents de naissance. À la maison, l’album photo rangé dans la bibliothèque permettra de parler de l’orphelinat. Chez les grands-parents, on expliquera les racines.

À l’école, où l’on a parfois peur de se séparer de ses parents, Mila, adoptée par deux papas, explique à Paul qu’elle est née sous X mais qu’une fois adultes, ils pourront essayer de savoir qui sont leurs parents de naissance. Tous les thèmes sont abordés avec naturel. Ce livre reflète l’adoption telle qu’elle a évolué jusqu’à aujourd’hui. Le texte est fluide et conçu pour les enfants de 4 à 7 ans.

https://www.editionsmilan.com/livres-jeunesse/documentaires/3-6-ans/ladoption

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