Archive d’étiquettes pour : Accueil n°201

Un livre de plus sur la parentalité et l’éducation ? Pas tout à fait car il s’agit d’un livre original, dont l’autrice est allée très loin cueillir ce qu’elle nous propose, avec un regard décalé et peut-être plus clairvoyant sur ce qui nous entrave.

Au bord du burnout parental, Michaeleen Doucleff, journaliste scientifique, décide de partir vivre avec sa fille dans des communautés de chasseurs cueilleurs, ces cultures qui affutent leurs stratégies éducatives depuis des milliers d’années, pour tenter de comprendre ce qui ne fonctionne plus dans notre façon occidentale d’éduquer les enfants. Alors que nous perpétuons des relations fondées sur les conflits et la peur, les parents chasseurs cueilleurs vivent la coopération et la confiance avec leurs enfants. Comment font-ils ?

Après un démarrage un peu long, visant à définir notre problématique occidentale (une conception éducative focalisée sur les recherches occidentales, une famille nucléaire, une routine parentale qui s’est emballée, la pression de la performance), on entre au bout de 80 pages dans le vif du sujet avec une plongée dans la culture maya. À partir de là, l’autrice nous entraîne dans une quête passionnante, mêlant le récit de ce qu’elle vit avec sa fille et ses observations, ses questionnements, les pistes éducatives et concepts qu’elle en tire, étayés par le regard scientifique de professionnels (psychologues, ethnopsychiatres…).

De l’éducation maya, elle retient la tendre camaraderie, cette facilité qu’ont les parents à associer les enfants à leurs activités du quotidien, à sortir du contrôle pour favoriser la collaboration. En Tanzanie, les parents hadza valorisent l’autonomie au point de se donner beaucoup de mal à ne pas dire aux enfants ce qu’ils doivent faire car ils sont convaincus que l’enfant sait comment apprendre et grandir. Quant aux parents inuits, ils ne crient jamais, jamais : ils s’attendent au comportement inapproprié de l’enfant, car c’est dans sa nature, il n’est pas mature !

Tout au long de ce livre, Michaeleen Doucleff pointe ce qui différencie notre modèle de ceux qu’elle explore : la solitude des parents occidentaux. Dans la famille nucléaire, la mère (et le père) est la seule camarade, seule source d’amour, seul lien social, seul divertissement et seule stimulation. Ailleurs, elle constate la force de la coopération silencieuse entre adultes au sein de communautés qui partagent les mêmes valeurs éducatives, ce qui permet à l’enfant de trouver des ressources auprès d’autres membres de la famille, d’amis du couple parental, de voisins parfois… S’il est vrai que dans le cas de nos enfants adoptés, certains conseils stéréotypés sont parfois mal appropriés, permettre à l’enfant d’observer d’autres pratiques, de trouver d’autres soutiens est aussi une richesse !

Alors, si vous ne craignez pas d’être bousculé, de questionner vos pratiques parentales, vous aimerez ce livre préfacé par Isabelle Filliozat, qui retrouve ici ses thèmes de prédilection comme l’autonomie, la gestion des émotions… Michaeleen Doucleff oriente les projecteurs sur des besoins de nos enfants que nous pourrions oublier, nous les parents adoptifs, centrés que nous sommes parfois sur le défi essentiel de (re)créer attachement et sécurité. Elle nous parle de leurs besoins de contribuer, de coopérer, de liberté, de reconnaissance qui pourraient bien renforcer autonomie, confiance et appartenance !

Michaeleen Doucleff, Chasseur, cueilleur, parent, Leduc Éditions, 2021

https://www.editionsleduc.com/produit/2579/9791028521592/chasseur-cueilleur-parent

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Anne Clerx, Les histoires de Mirou. Mais d’où viennent ces étranges vibrations ? ASBL Le fil d’Ariane, 2021

Le fil d’Ariane accompagne les familles dans la création ou le renforcement des liens d’attachement. Anne Clerx, fondatrice et directrice du centre, y exerce comme psychothérapeute auprès des enfants qui ont changé de famille, ceux qui ont perdu leur maman de naissance. Elle vient de réaliser un livre à leur intention illustré de façon très évocatrice, pour les aider à surmonter leur traumatisme, leur mal-être. Une approche très originale qui devrait toucher les enfants concernés.

http://www.fil-ariane.be/livre.html

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Stewart Foster, Recherche parents parfaits, Hélium éditions, 2021

Sam a 11 ans et vit en famille d’accueil où on lui dit qu’il fait partie de la famille, même s’il ne part jamais en vacances avec elle. Il voit parents et enfants se faire des câlins et réalise combien ça lui manque, combien il se sent seul, parfois. Cela fait bientôt cinq mois qu’il vit dans cette nouvelle famille, mais ça ne va pas durer : en cinq ans, il a déjà connu neuf maisons différentes ! Ces changements incessants et cette insécurité font qu’il hésite à s’engager dans des activités parce qu’il ne sait pas s’il sera encore là demain… Et, parfois, ça le fait exploser. Alors, aidé de sa meilleure amie, Sam va rédiger une annonce pour trouver deux adultes (mais un seul, ça ira aussi) pour aimer et s’occuper d’un garçon de 11 ans, des parents « parfaits » car il rêve d’une famille pour la vie, d’un chez soi parce qu’une maison et un chez soi, ce n’est pas la même chose.

Destinée à un public d’ados, cette histoire, rédigée dans un style alerte, met en évidence la douleur de ne pas trouver sa place et l’envie profonde de trouver un ancrage auprès de parents que tu auras pour le reste de ta vie.

https://helium-editions.fr/livre/recherche-parents-parfaits/

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Estelle Lambert-Leynaert, Ce lien jusqu’à toi, Michalon, 2021

L’autrice et son époux commencent un parcours de PMA alors qu’ils résident en Nouvelle-Calédonie. Face aux échecs renouvelés, ils décident de fonder une famille différemment : ils se tournent vers l’adoption et la Colombie leur confiera un petit garçon âgé de 7 mois. Au-delà de l’histoire personnelle et particulière, Estelle Lambert-Leynaert insiste sur les spécificités de la filiation adoptive, la nécessité de faire cocon à l’arrivée de l’enfant, la théorie de l’attachement, les questions que se posent tous les parents adoptants.

Un livre plein d’espoir mais qui ne cache pas les difficultés rencontrées dans un tel parcours, ni celles liées à la parentalité adoptive.

https://www.michalon.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=69806

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Mathilde Faure, Filles du vent, Charleston, 2021

L’Escale, un foyer de l’Aide sociale à l’enfance, accueille des jeunes filles aux parcours de vie cabossés, placées par décision judiciaire. Leur quotidien est fait d’agressivité, de violence physique et morale, de solitude, de fugues : leur « sport » préféré. Seule Assa comprend que les études sont sa bouée de secours, la clé de son indépendance future. Par ses lectures, elle découvre le mouvement « Nous toutes » qui lutte contre les agressions sexistes et sexuelles. Alors, sans qu’un réel lien d’amitié les unissent mais se sentant concernées par cette cause, Assa, Céline et Lina décident d’organiser une fugue grand format à travers la France pour coller des affiches afin de briser le silence qui règne sur leurs existences. Au cours de ce périple, chacune découvre peu à peu des notions qui leur étaient étrangères jusque-là comme l’amitié, la solidarité et le besoin d’être respectées. L’envie aussi de commencer à penser à leur avenir…

Avec une grande finesse et non sans humour parfois, Mathilde Faure, ancienne éducatrice spécialisée, dresse des portraits saisissants témoignant de ce monde invisible des enfants placés et de leurs éducateurs. Instructif et passionnant pour qui veut comprendre la vie que mènent ces adolescents.

https://www.decitre.fr/livres/filles-du-vent-9782368126455.html

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Les mères adoptives, Georgeta Le Ray-Mitrea,

Parsemé de vignettes cliniques comme autant d’historiettes rendant la lecture fluide et accessible, l’ouvrage n’en reste pas moins destiné aux professionnels. En s’appuyant sur la théorie freudienne, l’autrice interroge les mouvements sous-jacents – refoulés, déniés, insus – à l’œuvre chez les mères adoptives et dans leur relation à leur enfant en particulier et à la maternité en général. L’adoption demande un travail psychique qui concerne autant l’enfant que la mère, où entrent en jeu, en résonnance ou en conflit, l’imaginaire et la réalité, notamment de l’abandon. Qu’en est-il de la place de toutes les mères : celle de la mère adoptive, celle de la mère biologique de l’enfant, celle de la mère de la mère adoptive ? Quant aux relations mère-fille, que révèle l’adoption de l’axe féminin de filiation ? Comment les liens et l’imaginaire s’articulent-ils autour de l’enfant qui peut se retrouver au centre d’un imbroglio psychique ?

Scène originaire, fantasmes, pulsions, séduction, lapsus, désir inconscient, défenses, l’étrange et l’inconnu, mythe et réalité, la tragédie d’Œdipe… sont parmi les concepts que G. Le Ray-Mitrea sonde pour raconter cette histoire de maternité, celle de la conception de l’enfant adopté. Pour lecteurs avertis, rompus à la terminologie freudienne, ou du moins fortement intéressés, voire conquis par les théories psychanalytiques.

https://www.puf.com/content/Les_m%C3%A8res_adoptives

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Conduire son enfant au plus près de l’autonomie, lui donner de quoi voler de ses propres ailes semble bien être le but de l’éducation, l’ambition de tout parent. Mais l’enfant adopté n’a pas eu un début de vie classique : il a pu arriver dans sa nouvelle famille déjà âgé ou connaître des « attachements » difficiles, données qui peuvent rendre son autonomie plus complexe et plus longue à acquérir, à chaque période de son développement. Cette fameuse autonomie, réclamée très tôt par les uns, espérée – ou redoutée – par les autres, semble avoir une résonance particulière chez les parents adoptifs. Ce dossier explore cette question, aux différentes phases de vie de l’enfant adopté, de sa petite enfance à son adolescence, jusqu’à son statut de jeune adulte majeur.

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