Les Mèresveilleuses, Nathalie Longevial

Une légende orientale raconte qu’un ruban rouge unit toutes les personnes qui doivent se rencontrer au cours de leur vie. Le fil s’emmêle, se tend, il peut faire vingt fois le tour de la terre, il s’étirera toujours suffisamment pour permettre la rencontre.
C’est une longue traversée qui débute pour Alexandre, Mathilde et Tien Sinh avant qu’ils ne trouvent chacun l’extrémité du fil rouge. Dans les Mèreveilleuses, il est question de maternité, d’abandon, d’adoption, de loyautés, de légitimité, de parentalité et de famille. Mais surtout, il y est question d’amour.

https://www.amazon.fr/m%C3%A8reveilleuses-Nathalie-Longevial/dp/2322186740

Ce commentaire a été publié dans le numéro 197 de la revue Accueil

À tes côtés de Bertrand Hagenmüller, Loir Production, 2020 (sortie 23 déc.)

David, Delphine, Yannick et Élise sont éducateurs de la protection de l’enfance, et une fois n’est pas coutume, ce sont eux les « vedettes » de ce documentaire. Nous les suivons avec attention pendant une année d’accompagnement d’une seule des nombreuses situations qu’ils ont chacun en charge. Nous partageons leur travail quotidien, leurs doutes et leurs questionnements (Comment soutenir et dénoncer en même temps ? se demande David. Peut-on accompagner sans aimer ? interroge Delphine), leur ténacité, leurs convictions et leurs espoirs, parfois contre vents et marées. Nous faisons un métier d’espoir, nous rappelle Yannick qui sillonne les rues en quête de Léo. Nous sommes loin du sensationnalisme et des procès d’intention qui secouent régulièrement le monde de la protection de l’enfance : ce film pose un regard d’une grande humanité, mais sans naïveté, sur ces éducateurs et les personnes qu’ils accompagnent.

https://www.bertrand-hagenmuller.com/a-tes-cotes

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C’est toi que j’attendais de Stéphanie Pillonca, Pyramide Films, 2020 (sortie 23 déc.)

Une très jeune femme se sépare de l’enfant qu’elle met au monde, sans réaliser le retentissement de cette « séparation » sur chaque jour de sa vie à venir. Un homme adopté, heureux dans sa famille d’adoption, père de deux grandes filles, n’a de cesse de retrouver sa mère de naissance. Deux couples en grande souffrance car sans enfants se lancent, pleins d’espoir, dans l’adoption. Quêtes, enquêtes, attentes, parfois bien longues, alternances entre douleurs abyssales et joies incommensurables, entre espoirs et désespoirs. Ce documentaire porte l’émotion à son paroxysme au travers des quatre histoires (vraies) qu’il présente : tout spectateur sera fortement touché, « concerné » puisque tous, nous sommes liés, reliés par la naissance, à la « famille », au lien avec notre mère « première », fût-il rompu à un moment donné. Ce documentaire est une belle exploration de ce que représente la famille dans toutes ses « quêtes ».

http://distrib.pyramidefilms.com/pyramidefilms-distribution-catalogue-c/c-est-toi-que-j-attendais.html

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Ma fille de Laura Bispuri, UFO Distribution, 2018 (disponible en VOD)

Vittoria, une fillette rousse d’une dizaine d’années, vit avec ses parents, Tina et Umberto, dans un village de Sardaigne. Lors d’une fête, elle fait la connaissance d’Angelica, jeune femme blonde aux mœurs dissolues. Aimantée par Angelica, la fillette passe de plus en plus de temps avec elle tandis que, sous la menace d’être expulsée de sa maison, la jeune femme demande à Tina de l’aider financièrement. Les deux femmes sont en effet liées par un secret : Angelica est la mère biologique de Vittoria. Aux prises avec des émotions contradictoires, les deux mères et leur fille vont tour à tour se rejeter et rechercher l’amour ou le soutien de l’autre. Ce n’est pas seulement Vittoria qui s’attache à Angelica – en dépit de la vie qu’elle mène – mais aussi Tina, tiraillée entre la peur de perdre sa fille au profit d’Angelica et sa promesse de soutenir celle-ci. Dans un été étouffant et un paysage aride, alors que les hommes se montrent durs et méprisants, il règne entre la fillette et les deux femmes, pourtant aux antipodes l’une de l’autre, une solidarité et un partage d’émotions. Le spectateur comprend tous les affects des protagonistes, compatit au sort d’Angelica, est de tout cœur avec Tina, est sensible aux déchirements de Vittoria. Un beau film loin de tout manichéisme et de tout jugement sur les différentes expressions de la maternité.

https://www.ufo-distribution.com/movie/ma-fille-figlia-mia/

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Ilya Green, Mon arbre, Didier jeunesse, 2013

Dans le décor d’un arbre aux feuilles multicolores, un bébé fraîchement sorti de son cocon part en quête d’un « nouvel endroit » où il se sentirait moins à l’étroit. En compagnie de son ami le chat, il passe d’une « maison » à l’autre : le tronc de la chouette trop petit, le terrier des loirs trop noir… Finalement, l’enfant trouve une paire de bras qui le mènent au plus beau des endroits, un endroit parfait pour lui et pour son chat ! Un texte poétique, servi par des dessins aux couleurs harmonieuses qui ravissent l’œil.

https://didier-jeunesse.com/collections/hors-collection/mon-arbre-9782278070879

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Les garçons russes ne pleurent jamais, Valérie Van Oost

Sacha, 17 ans, fait exploser les règles, joue au funambule sur la crête de la délinquance, se cogne à son angoisse identitaire. Mais peut-il écrire la suite alors qu’il ne connaît pas le début ? Pour partir à la découverte des racines de leur fils, adopté en Russie, Antoine et Juliette organisent une croisière sur la Volga. Comme un voyage de la dernière chance. Mais ce qui intéresse Sacha, ce n’est pas le folklore pour touristes que ses parents lui présentent. Ce qu’il veut découvrir, c’est l’autre face du pays avec ses immeubles soviétiques et sa jeunesse paumée. Au fil des escales, des cités de Saratov aux rives de l’Oka, des rencontres qui révèlent le pays comme des poupées russes, Sacha embarque pour un véritable voyage initiatique. Ce périple de Moscou à Astrakhan permettra-t-il à Antoine et Juliette de renouer avec leur fils ? Le couple abîmé par l’adolescence explosive de Sacha pourra-t-il se retrouver ? Dans ces 400 coups où le beat du rap croise la pop russe et les berceuses cosaques, la quête d’identité désespérée d’un enfant affronte l’amour inconditionnel d’une mère. Une histoire poignante à la croisée du récit de voyage et du roman initiatique.

https://www.amazon.fr/gar%C3%A7ons-russes-pleurent-jamais-ebook/dp/B08LDXLVV5

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« Maintenir des liens à tout prix est ce que nous faisons quand nous n’écoutons pas les souffrances psychiques, l’angoisse d’abandon persistante, les incohérences éducatives et affectives auxquelles les enfants sont soumis au quotidien. »1 Cette phrase de Françoise Peille résume bien le récit de Stéphanie, cette petite fille qui ne souhaitait qu’une seule chose : vivre protégée et aimée par sa « famille de cœur ».

À l’âge de 4 mois, Stéphanie est placée en pouponnière car elle est en danger chez ses parents qui souffrent de problèmes psychiatriques. À 11 mois, des signes d’hospitalisme apparaissent et elle est placée en famille d’accueil. Stéphanie grandit et se développe en s’attachant à son assistante familiale et ses cinq enfants. Mais pour l’Aide sociale à l’enfance, le lien mère-enfant doit s’installer et être soutenu. Aussi, sa mère biologique lui rend fréquemment visite puis demande à la recevoir chez elle, mais malheureusement la greffe ne prend pas. Stéphanie est très angoissée et sa mère ne semble pas capable de s’occuper de sa fille, elle vit d’ailleurs chez ses parents. Quant à son père, alcoolique et atteint de schizophrénie, il la terrorise. S’ajoutent à ces tensions, les jugements pour renouveler son placement tous les deux ans, qui perturbent l’adolescente et viennent aggraver le climat d’insécurité dans lequel elle vit. À l’âge de 15 ans, c’est le coup de grâce, sa mère exige de reprendre sa fille alors que la relation est de plus en plus difficile. Stéphanie mènera alors un véritable combat pour que les juges tiennent compte de ses souhaits et des difficultés qu’elle ressent au contact de sa mère. Qu’importe son avis, son anxiété, sa peur et sa souffrance, l’adolescente doit quitter sa famille de cœur, pour partir vivre chez sa mère. Stéphanie se rend compte qu’elle n’est pas entendue par les adultes chargés de s’occuper d’elle, que les décisions sont prises sans qu’on tienne compte de son avis. Au fond, elle n’est pas reconnue en tant que personne, alors, à 15 ans, c’est elle qui écrira directement au juge. Sur les conseils, d’ailleurs, d’une éducatrice.

Ce livre pose le délicat problème du rôle et de la place des familles d’accueil auprès des enfants qu’ils accueillent provisoirement. Peut-on vivre avec des enfants, les éduquer sans leur apporter affection ni amour ? Certes, être famille d’accueil est un métier, ce qui représente un coût financier pour la collectivité, mais faut-il pour autant accéder aux demandes des parents de naissance de reprendre leurs enfants sans tenir compte de « l’intérêt de l’enfant » ? La fameuse loi des « liens du sang », dans le cas présent, semble primer sur toute autre considération. Ce livre, préfacé par le Dr Maurice Berger, est un document qu’il faut lire. S’appuyant sur des courriers ou rapports contenus dans le dossier de Stéphanie, il va bien au-delà du témoignage, il permet de comprendre une certaine « philosophie » qui sous-tend la politique de l’Ase.

Grâce à son potentiel et à une volonté à toute épreuve, l’avenir de Stéphanie s’éclaircira. Mais pour une grande majorité de jeunes, le problème de leur devenir reste entier : que deviennent-ils lorsque sonne le glas de la majorité ? Âge où ils ne sont plus pris en charge – sauf s’ils peuvent bénéficier d’un « contrat jeune majeur ». La famille biologique n’est pas toujours la bonne réponse.

https://www.decitre.fr/livres/le-jour-ou-j-ai-choisi-ma-famille-9782100809554.html

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Pour la première fois de sa vie, et par le plus grand des hasards, Caroline découvre quelqu’un qui lui ressemble, au fond d’une brasserie. Ce n’est qu’une photo, celle d’une petite fille de 2 ans, mais intriguée par cette ressemblance – question si présente chez les enfants adoptés –, Caroline mène son enquête et remonte le fil de ses origines. Elle découvrira la lettre de sa mère de naissance écrite au moment de se séparer d’elle et surtout le fameux cahier bleu qui lui livrera d’autres secrets. Romanesque et enchanteur pour de jeunes adolescents amateurs d’histoires heureuses.

https://www.babelio.com/livres/Taboni-Miserazzi-La-photo-de-la-brasserie/1213118

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Lorsque le Vietnam s’ouvre à nouveau à l’adoption internationale, les candidats qui souhaitent adopter des enfants déjà grands sont les bienvenus. Ainsi, Camille, 10 ans, et sa sœur Léa, 8 ans, sont confiées à un couple français par un OAA. Après la traditionnelle lune de miel, leur mère constate chez les fillettes, au hasard de faits anodins du quotidien, des comportements étranges. Par petites touches, le doute commence à s’insinuer dans son esprit, mais il lui faudra beaucoup de temps pour comprendre de quoi il retourne : Je ne pouvais pas me douter, à ce moment-là, que cette peur [qui envahit l’une des filles] serait capable du pire. Un livre qui soulève le problème de l’information et de la transparence des dossiers des enfants sur leur histoire, mais aussi de l’accompagnement des parents, incapables, sans une aide très spécifique, de déceler ce qui se trame chez leurs enfants et qui gangrène la relation parents-enfants. Certains adoptés ne peuvent pas s’attacher. Dans une très belle langue, les manifestations de ce trouble sévère de l’attachement sont analysées avec lucidité, mais sans rancœur.

https://www.editionsdelaremanence.fr/livre/une-adoption-particuliere/

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Négligée par sa mère, Benni, 9 ans, est enfermée depuis sa petite enfance dans une violence qu’elle n’arrive plus à contenir. Prise en charge par les services sociaux, ballotée de foyer en foyer, elle n’aspire pourtant qu’à être protégée et trouver un amour maternel qui lui manque tant. Son assistante sociale et Micha, un éducateur, tenteront tout pour panser ses blessures et l’aider à trouver une place dans le monde. Comme une mise en images des propos de Maurice Berger, ce film illustre avec subtilité le parcours et la souffrance explosive de ces enfants dits « incasables », de ces enfants tellement malmenés par la vie qu’un projet d’adoption ne paraît pas envisageable ou représente un véritable défi quotidien.

https://www.advitamdistribution.com/films/benni/

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